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Qatar: le calvaire de migrants expulsés de leurs logements à Doha

17/07/2014 04:18 EDT | Actualisé 15/09/2014 05:12 EDT

Expulsés de leurs logements dans un quartier en rénovation du centre Doha, de nombreux migrants, majoritairement asiatiques, se retrouvent sans abri, certains vivant dans la rue malgré la chaleur torride du Golfe.

Sous-payés dans un pays où les loyers s'envolent, certains ont trouvé refuge temporairement chez des amis. D'autres dorment dans la rue, dans leur voiture ou sur des parkings.

Cet épisode, qui se déroule dans l'indifférence totale, vient illustrer les mauvaises conditions des migrants dans ce pays gazier, l'un des plus riches au monde, qui suscitent de nombreuses critiques internationales.

"Il y a (plus d') une semaine, à 21H30, la police est venue nous demander de quitter nos chambres avec toutes nos affaires", raconte, révolté, Mohamed Farouk, un maçon.

Jusqu'au 1er juillet, il vivait avec des migrants, pour la plupart originaires comme lui du Bangladesh, dans un immeuble de deux étages composé de huit chambres abritant chacune cinq ou six personnes.

Les occupants ont reçu l'ordre de ne plus remettre les pieds dans l'immeuble. Mais Mohamed revient tous les soirs se reposer devant son ancien logement avec ses camarades.

- Expulsés manu militari -

Selon lui, quelque 4.000 à 5.000 personnes auraient subi le même sort à Musheireb, un quartier du centre Doha, dont les vieilles constructions ont été rasées pour laisser place à un nouveau quartier: Musheireb Down Town.

Des notices d'expulsion avaient bien été placardées mais les habitants qui continuaient à payer un loyer sont restés chez eux jusqu'à l'arrivée de la police.

"Ils (les policiers) viennent après l'iftar (repas de rupture du jeûne musulman) et s'ils voient une porte fermée, ils la défoncent et enlèvent tout ce qui se trouve à l'intérieur", précise un autre migrant, un électricien.

"J'aurais pensé qu'ils attendraient au moins la fin du ramadan", s'offusque le doyen du groupe, Suleyman.

Après une longue journée de travail sur des chantiers, ces migrants, exténués par le jeûne, sillonnent dans l'après-midi les rues de Doha à la recherche d'un autre logement.

"Je suis inquiet à l'idée de devoir payer un loyer plus élevé entre 500 et 600 riyals", se plaint Mohamed Farouk qui, pour un salaire mensuel de 1.200 riyals (environ 330 dollars), payait jusqu'ici 300 riyals.

Il était arrivé à Doha en 2009 par le biais d'une agence de recrutement au Bangladesh qui lui a facturé ses services en échange d'une garantie d'emploi, d'une couverture sociale et d'un logement.

Mais les promesses se sont envolées. Il n'a jamais eu accès à une assurance-maladie et a dû se trouver un logement.

Il vivait avec 18 personnes qui se partageaient deux plaques de cuisson, une salle d'eau avec seulement un lavabo et deux toilettes.

Pour créer une chambre supplémentaire, les occupants avaient érigé "un mur en carton" et dormaient tous à même le sol.

- Pas d'autre choix que de rester -

Tous disent n'avoir pourtant "d'autre choix que de rester" au Qatar. Ils parviennent à envoyer au Bangladesh entre 200 et 300 riyals par mois.

Majid, lui, a garé sa voiture sur un parking proche et y dort depuis les expulsions. Il travaille à la journée, changeant tous les jours d'employeur. Ses affaires et ses outils ont été stockés dans des malles le long de la palissade du parking.

A quelques mètres, des lits, des matelas et des affaires d'autres travailleurs délogés qui ont aussi trouvé refuge sur le parking.

Le relogement de ces migrants semble un mirage dans une ville confrontée à une pénurie de l'immobilier résidentiel, qui devrait s'aggraver avec l'arrivée attendue de quelque 500.000 nouveaux migrants sur les chantiers liés au Mondial-2022.

Alors que le Qatar est vivement critiqué pour les conditions de travail et de séjour de ses migrants, le ministère des Municipalités, contacté par l'AFP, a assuré "ne pas être responsable de l'expulsion des ouvriers" de leur logement.

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