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L'échec d'une "guérison" assombrit le conseil de guerre du sida s'ouvrant dimanche

17/07/2014 04:25 EDT | Actualisé 15/09/2014 05:12 EDT

Depuis plus de trois décennies, le sida et ceux qui le combattent sont pris dans un tango mortel, avec ses pas de côté, d'avant en arrière, ses demi-tours, et des millions de vie en jeu.

La 20e conférence internationale sur le sida, qui ouvre dimanche à Melbourne, en Australie, offrira l'occasion de réfléchir à l'étrange et imprévisible danse avec cette maladie complexe.

Depuis quelque temps les nouvelles étaient bonnes, après des années de recherche et des milliards de dollars d'investissement.

Résultat: le nombre de décès dus au sida dans le monde a nettement reculé en 2013, avec 1,5 million de morts (-11,8% en un an), soit la plus forte chute depuis le pic de l'épidémie en 2005, selon l'Onusida.

Parmi les plus grandes inventions pharmaceutiques, les traitements antirétroviraux (ARV) qui répriment le virus du sida (VIH) sont de plus en plus accessibles à ceux qui en ont besoin, et leur usage, à titre préventif, est exploré.

A cela s'ajoute les campagnes en Afrique subsaharienne pour promouvoir la circoncision masculine, qui permet de réduire notablement la contamination sexuelle des hommes.

"Il est facile d'oublier où nous en étions il y a 30 ans -- des hôpitaux débordés par le sida, très peu de financement et encore moins pour la compréhension du VIH", souligne à l'AFP Michel Sidibe, directeur exécutif de l'Onusida.

"L'épidémie du sida a dévasté les familles, les communautés et a eu un impact majeur sur les pays où l'épidémie s'est implantée. Mais ces quinze dernières années, il y a eu de remarquables progrès, et nous sommes passés du désespoir à l'espoir", souligne M.Sidibe.

Mais, une déception est venue assombrir cet optimisme.

Le cas d'une fillette, surnommée "Mississippi Baby", née aux Etats-Unis d'une mère infectée par le VIH mais qui n'avait pas été traitée pendant la grossesse, avait soulevé des espoirs.

Bébé, elle avait reçu de fortes doses de traitement aussitôt après la naissance et poursuivi cette thérapie durant 18 mois, jusqu'à ce que les médecins perdent sa trace.

Quand ils l'ont testée à nouveau cinq mois plus tard, ils n'ont retrouvé aucune trace du virus, ce qui contraste avec l'habituel rebond du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) quelques semaines après l'interruption d'un tel traitement.

Mais le rebond viral est arrivé : après plus de deux ans sans traitement, la fillette est redevenue séropositive.

Loin d'être guérie, la petite a dû être mise sous traitement et devra, en l'état actuel des choses, sans doute le continuer à vie.

"Cette annonce est bien sûr décevante pour nous tous", reconnaît Sharon Lewin de l'université Monash à Melbourne.

"Ce cas nous rappelle que trouver le remède pour guérir le sida, ou un moyen d'obtenir une rémission à long terme, s'annonce ardu", ajoute cette spécialiste du sida, coprésidente de la 20e conférence (20-25 juillet).

"Pourquoi le virus est resté sous contrôle si longtemps et pourquoi a-t-il rebondi au bout de deux années d'arrêt des ARV (antirétroviraux) sont des questions essentielles auxquelles nous devons trouver des réponses", ajoute-t-elle.

- Homophobie et Europe de l'Est -

Organisée tous les deux ans, la conférence internationale sur le sida est aussi un forum qui permet aux militants de pointer les problèmes de financement.

Les 12.000 participants seront rejoints par l'ancien président des Etats-Unis Bill Clinton, qui interviendra sur les droits des patients, ainsi que par le chanteur de rock et militant Bob Geldof.

La conférence transmettra aussi la colère contre les lois qui stigmatisent l'homosexualité en Afrique ou punissent les usagers de drogues injectables dans l'ex-Union soviétique, une répression étendue à la Crimée annexée par la Russie.

Preuve est faite que lorsque les séropositifs deviennent des proscrits, la maladie se répand, dit le professeur Chris Beyrer de l'université Johns Hopkins (Etats-Unis).

"En dépit de tous nos progrès scientifiques, en 2014, la nouvelle dans beaucoup, beaucoup de pays, c'est une vague de nouvelles lois et politiques répressives...et de déni de mesures scientifiquement prouvées" a-t-il déploré lors d'un point presse en amont de la conférence.

"Nous sommes tous préoccupés par l'homophobie, les mesures répressives, et le manque de volonté politique quant à l'accès aux soins et aux traitements", ajoute la Prix Nobel Françoise Barre-Sinoussi (Pasteur, France).

"Nous devons faire pression autant que nous le pouvons sur les décideurs de ces pays...Nous devons faire en sorte qu'ils respectent les droits humains", dit-elle.

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