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Ethiopie: demande de libération de journalistes et blogueurs détenus sans inculpation

17/07/2014 06:27 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

L'avocat de plusieurs journalistes et blogueurs éthiopiens a annoncé jeudi qu'il allait déposer une plainte contre leur détention sans inculpation depuis bientôt trois mois, une situation dénoncée par des ONG de défense de la presse.

Ces six contributeurs du blog Zone9 et ces trois journalistes de diverses publications éthiopiennes, arrêtés les 25 et 26 avril, sont accusés par les autorités de "crimes graves".

Le blog Zone9, souvent critique à l'égard des autorités et inaccessible en Ethiopie, affirme sur son site que les neuf personnes arrêtées sont désormais suspectées d'"appartenance à une organisation clandestine" et de liens "avec des organisations terroristes à l'étranger".

Selon ce blog, les suspects avaient été initialement accusés d'avoir "travaillé avec des militants des droits de l'Homme étrangers (...) et d'avoir incité à la violence via les réseaux sociaux pour déstabiliser le pays".

"Leur détention est illégale", a affirmé l'avocat Amaha Mekonnen, qui représente huit des neuf suspects. "Nous attendons toujours qu'ils soient inculpés. Je vais déposer une plainte contre la police, demandant à la justice de contraindre la police à les libérer".

Selon lui, ses clients sont actuellement dans un vide juridique, la justice n'ayant ni autorisé la police à poursuivre leur détention ni permis leur libération sous caution.

"Pour moi il s'agit clairement d'une campagne du gouvernement pour faire le ménage" parmi ceux qui critiquent le parti au pouvoir, a poursuivi l'avocat, assurant que ses clients avaient été arrêtés "sans preuves suffisantes".

Mais le gouvernement a affirmé que les suspects étaient détenus dans le respect de la loi.

"Ils sont soupçonnés pour leurs liens avec ces éléments qui sont déterminés à renverser ce gouvernement par des moyens inconstitutionnels", a déclaré à l'AFP le ministre de la Communication, Redwan Hussein.

La situation de la liberté de la presse en Ethiopie est considérée comme l'une des plus préoccupantes au monde, avec notamment 49 journalistes éthiopiens vivant en exil, selon le Comité de protection des journalistes (CPJ).

Plusieurs ONG de défense des droits de l'Homme et de la liberté de la presse ont condamné les arrestations des neuf blogueurs et journalistes, l'une des plus importantes opérations récentes de répression contre les médias dans le pays. Elles ont accusé le pouvoir éthiopien de vouloir réduire au silence les voix dissidentes à l'approche d'élections en mai 2015.

"Les autorités éthiopiennes tentent de donner l'impression que cette affaire est judiciaire quand en réalité il s'agit de représailles et d'une tentative de faire taire les détracteurs du gouvernement", a estimé Tom Rhodes du CPJ.

Mais le ministre de la Communication a rejeté ces accusations, assurant que les médias indépendants et critiques étaient autorisés en Ethiopie.

"Ceux qui critiquent sont déjà ici à Addis (Abeba) et publient tous les jours", a-t-il lancé.

Plusieurs journalistes, militants et opposants ont été condamnés ces dernières années en Ethiopie sur la base d'une loi antiterroriste controversée, dont le caractère vague permet, selon ses détracteurs, d'étouffer la liberté d'expression et de museler les dissidences.

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