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Boko Haram harcèle l'Extrême-nord frontalier camerounais

17/07/2014 07:45 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

Attaque de gendarmerie, enlèvements et meurtres: les islamistes nigérians de Boko Haram multiplient depuis quelques jours les actions de harcèlement dans la région de l'Extrême-Nord, au Cameroun, défiant l'armée mobilisée pour les combattre.

Les islamistes nigérians "multiplient les forfaits" depuis quelques jours dans l'Extrême-Nord, après une relative trêve ces dernières semaines, souligne la radio d'Etat camerounaise.

"Les Boko Haram sont toujours dangereux" malgré le déploiement de l'armée, confirme un policier camerounais basé dans une ville frontalière.

Les islamistes ont abattu deux bergers camerounais dans la nuit du 10 au 11 juillet lors d'une incursion dans le village de Bame, dans l'arrondissement de Kolofata, à moins de 10 km du Nigeria voisin, selon le policier qui a requis l'anonymat.

"Ils ont volé 200 boeufs avant de prendre la direction de la forêt de Sambissa", au Nigeria, à une trentaine de kilomètres de là, qui abrite plusieurs camps d'insurgés, précise-t-il. C'est dans cette vaste forêt que, selon de nombreuses sources, les plus de 200 collégiennes nigérianes enlevées le 14 avril par Boko Haram se trouvent.

Le Cameroun, comme d'autres pays de la région, a renforcé récemment sa lutte contre les islamistes nigérians, après l'indignation internationale qui a suivi l'enlèvement des adolescentes.

Les membres de Boko Haram ont aussi attaqué, toujours dans la nuit du 10 au 11 juillet, une brigade de gendarmerie à Bomberi, à 5 km du Nigeria, blessant un gendarme camerounais et emportant une arme, des munitions et un pick-up qui a été récupéré, quelques jours plus tard, par des militaires camerounais en territoire nigérian, rapporte sous couvert d'anonymat un officier de police camerounaise.

- Incursions militaires au Nigeria -

Par ailleurs, d'autres combattants présumés du groupe armé nigérian ont enlevé lundi un Camerounais de 20 ans dans le village de Balgaram (7 km du Nigeria) après l'échec d'une attaque, déjouée par l'armée grâce aux informations de la population qui va et vient des deux côtés de la frontière.

Boko Haram a également fait pression sur un chef traditionnel à Limani, enlevant deux de ses fils avant de les relâcher le lendemain. "Il s'agissait d'intimider leur père. C'est un intermédiaire des Boko Haram qui le suspectent de collaborer aussi avec les forces camerounaises", explique l'officier.

Localité sensible, Limani est coincée entre deux villes agitées: Amchidé (Cameroun), fief local de Boko Haram, et Tarmoa (Nigeria), où se trouve une base des islamistes.

Le Bataillon d'intervention rapide (BIR), unité d'élite camerounaise, a réalisé récemment, avec l'accord de l'armée nigériane, une incursion à Tarmoa pour détruire un camp de Boko Haram, mais celui-ci s'est depuis reconstitué, selon l'officier. "Il existe actuellement un accord tacite entre le Nigeria et le Cameroun permettant aux militaires des deux pays d'aller de part et d'autre de la frontière pour leurs actions contre Boko Haram", explique-t-il, même si le Cameroun est officiellement opposé au droit de poursuite sur son territoire.

L'armée camerounaise, mobilisée dans la région contre les insurgés, en a tué plusieurs ces dernières semaines. De nombreuses personnes, suspectées d'appartenir à l'organisation ou de collaborer, ont été arrêtées et transférées, la plupart à Yaoundé.

"Boko Haram est désorganisé du fait des actions conjuguées des forces camerounaises et nigérianes. Mais ses partisans commettent des exactions çà et là au Cameroun", commente l'officier.

Mais pour un autre policier, les insurgés ont au contraire conservé leur capacité de mouvement dans la région camerounaise car "ils connaissent très bien" les positions de l'armée.

Ces islamistes, qui ont longtemps considéré cette région frontalière comme un refuge, une zone propice aux enlèvements d'occidentaux, mais aussi un territoire de transit et d'approvisionnement en armes et explosifs, terrorisent toujours autant les populations. "Quand la nuit tombe, nous tremblons. On ne dort pas", concède le policier de la ville frontalière.

Les autorités camerounaises attribuent à Boko Haram le rapt en mai, dans l'Extrême-Nord, de 10 travailleurs chinois, toujours captifs.

Une méprise a vraisemblablement retardé leur libération: "Une équipe d'émissaires camerounais qui se rendaient le 1er juillet discrètement, la nuit, au Nigeria (pour un rendez-vous avec les ravisseurs) a essuyé des tirs de notre armée qui n'était pas au courant de l'opération. Le principal intermédiaire, proche de Boko Haram, a été blessé", rapporte l'officier.

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