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Affaire Bolduc:Barrette choque ses ex-collègues après avoir dit qu'ils étaient affaiblis

16/07/2014 03:07 EDT | Actualisé 15/09/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'est attiré les flèches de ses ex-collègues médecins spécialistes, mercredi, après avoir affirmé que le gouvernement tire au moins un avantage de la controverse entourant les primes perçues par le ministre Yves Bolduc.

M. Barrette, un ancien radiologiste, a fait cette précision en faisant le point sur les négociations qu'il mène actuellement pour obtenir un étalement des hausses salariales des médecins.

À la sortie du conseil des ministres, lors d'un échange avec la presse parlementaire, M. Barrette a reconnu que la controverse affaiblit la position des fédérations médicales.

«Les médecins par définition considèrent qu'ils ont un peu un rapport de force très grand vis-à-vis le gouvernement, a-t-il dit. Je ne pense pas qu'actuellement la situation aide les fédérations médicales.»

Selon le ministre de la Santé, les perceptions de l'opinion publique ont un impact sur les discussions avec les deux fédérations, qui représentent les spécialistes et les omnipraticiens à la table de négociations.

«Disons que ça permet d'éveiller les esprits, a-t-il dit. (...) À la table de négociations, j'ai toujours dit à mes ex-collègues que l'opinion publique était un enjeu en ce sens que la population s'attend à avoir des services pour les impôts qu'elle paie et qu'à la négociation on devait nous, comme gouvernement, prendre ça en considération, a-t-il dit. Et je peux vous assurer que je le prends.»

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), dont M. Barrette a été le président jusqu'à l'hiver dernier, a répliqué sèchement dans un communiqué, en faisant valoir que le ministre s'est lui-même discrédité dans le dossier Bolduc.

«Non seulement de tels propos sont déplorables, mais ils sont tordus et contribuent à alimenter le cynisme de la population à l’endroit de toute la classe politique, à commencer par le ministre de la Santé lui-même, a déclaré Diane Francoeur, présidente de la FMSQ. Si le ministre considère que 'l’opinion publique est un enjeu', il devrait réfléchir à ce que la population pense de lui depuis qu’il est venu à la défense de son collègue Bolduc la semaine dernière en insultant plusieurs personnes au passage.»

Mme Francoeur a affirmé que les propos de M. Barrette nuisent à ses relations «bilatérales présentes et futures avec les fédérations médicales».

«Son premier ministre devra probablement le rappeler à l’ordre une fois de plus», a-t-elle dit.

M. Bolduc a annoncé mercredi qu'il donnera à un organisme caritatif une partie des primes de 215 000 $ perçues en trop parce qu'il a abandonné sa pratique de médecin de famille quand il a été nommé au gouvernement.

Le ministre a affirmé qu'il avait pris cette décision après avoir réalisé l'ampleur de la controverse suscitée dans l'opinion publique par sa situation.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin, a affirmé dans une entrevue que M. Barrette ferait fausse route en voulant utiliser le cas Bolduc.

«J'espère qu'il ne veut pas se servir de la situation du docteur Bolduc qui est un cas particulier, qui est aussi ministre du gouvernement actuel, pour en faire un enjeu de négociation, a-t-il dit. On n'est pas dans cette optique-là.»

Observant que la controverse nuit à l'image des médecins de famille, le président de la FMOQ a déclaré que le cas de M. Bolduc ne reflète pas la réalité des omnipraticiens.

«On voit bien ce qui se passe et qui se dit dans les médias, ç'a amené beaucoup de commentaires, la situation du docteur Bolduc, le fait qu'il suivait en même temps 1500 patients et qu'il était à la fois député, a-t-il dit. Mais ce n'est pas la situation de la majorité des médecins de famille. Les médecins de famille qui travaillent et qui suivent 1500 patients, ils font pas mal juste ça et ils les suivent les patients et ils ne les inscrivent pas pour les désinscrire au bout de six mois ou d'un an.»

Selon M. Godin, en moyenne, les médecins de famille ont une charge d'environ 1100 patients, complétée par une tâche dans un établissement de santé. Ceux qui suivent 1500 patients dans une pratique privée exclusive le font à temps plein et non à temps partiel, comme le faisait M. Bolduc, qui consacrait une vingtaine d'heures par semaine à son travail de médecin.

La FMOQ estime que 98 pour cent 4200 des médecins de famille qui ont bénéficié du même incitatif sont toujours en charge des patients qu'ils ont acceptés. Seulement une trentaine de médecins ont pris plus de 500 patients qui n'avaient pas d'omnipraticien attitré.

«On est très loin des 1500 patients du docteur Bolduc et la très grande majorité de ces médecins suit encore ces patients», a dit M. Godin.

Après leur élection, en avril, les libéraux ont repris une demande formulée par les péquistes afin d'étaler sur une plus longue période les deux dernières années d'une entente de rattrapage salarial conclue en 2006.

Les péquistes souhaitaient qu'une somme totalisant environ 1 milliard $, pour les exercices 2014-2015 et 2015-2016, soit répartie sur une période qui n'avait pas été spécifiée.

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