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Philip Hammond: "l'homme gris" du gouvernement britannique qui pourrait faire trembler l'Europe

15/07/2014 07:31 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

Philip Hammond, qui quitte mardi le ministère de la Défense pour s'occuper des Affaires étrangères, est généralement décrit comme un homme discret, voire un passe-murailles, mais il aura soin d'exprimer sans ambages son vif sentiment eurosceptique à Londres et Bruxelles.

"Le message que nos partenaires de l'UE devraient tirer de ma nomination est mon engagement enthousiaste dans le programme de réformes" de l'Union européenne, a déclaré le tout nouveau ministre des Affaires étrangères Philip Hammond.

Celui qui est surnommé "l'homme gris" dans les couloirs de Westminster, a consciencieusement orchestré la mise en application sans emphase de coupes massives dans le budget des forces armées ainsi que le retrait des troupes britanniques d'Afghanistan.

"Hammond n'est pas le genre d'homme politique à mettre le feu aux poudres. Ce n'est pas une personnalité flamboyante ou un homme aux discours brillants. Je soupçonne David Cameron de l'avoir nommé aux Affaires étrangères pour avoir un opérateur aguerri" aux commandes, a estimé James Forsyth, du magazine Spectator, proche des conservateurs.

"Mais, le fait de nommer ministre des Affaires étrangères quelqu'un qui s'est dit prêt à voter pour une sortie de l'UE, si d'importants pouvoirs n'étaient pas rétrocédés au Royaume-Uni lors de la renégociation de la relation du pays avec Bruxelles, envoie un message très clair au reste de l'Europe sur la position britannique", a-t-il jugé.

- Eurosceptique -

La nomination de ce politicien de 58 ans marque ainsi un durcissement eurosceptique du gouvernement, susceptible de contenter la frange la plus à droite et anti-UE du parti conservateur, à dix mois des élections générales, et d'endiguer l'hémorragie en faveur du UK independence party (UKIP), le parti europhobe et anti-immigration de Nigel Farage, qui a triomphé aux récentes élections européennes.

"Philip Hammond a suggéré il n'y a pas si longtemps, qu'il serait ouvert à une sortie de l'Union européenne", a rappelé sur la BBC Tim Montgomerie, un commentateur qui rédigeait des discours pour les conservateurs.

"Une position que ni David Cameron, ni William Hague n'ont pour l'heure affichée", a-t-il rappelé.

Philip Hammond, qui ne dispose pas pour l'heure de compte officiel sur Twitter --contrairement à William Hague, très actif sur les réseaux sociaux-- a grandi dans l'Essex, à l'est de Londres, et a suivi sa scolarité dans des écoles publiques avant d'obtenir une bourse pour intégrer la prestigieuse université d'Oxford, où il a été diplômé en politique, philosophie et économie.

Il a travaillé dans les secteurs de l'immobilier, de la construction et de l'énergie avant d'être élu à la chambre des Communes en 1997, l'année où Tony Blair est arrivé au pouvoir après une humiliante défaite des conservateurs.

Pendant ces années où les conservateurs étaient dans l'opposition, il a joué un rôle clé dans l'élaboration d'une alternative, en tant que responsable de l'opposition pour les questions économiques.

Il est député de Runnymede et Weybride, une circonscription qui compte beaucoup de travailleurs londoniens qui font le voyage quotidiennement.

En 2010, lors de l'arrivée de David Cameron au pouvoir, à la tête d'un gouvernement de coalition avec les libéraux démocrates, Philip Hammond a été nommé ministre des Transports avant d'être promu à la Défense en 2011.

Sa nouvelle promotion a été une surprise pour nombre d'observateurs du fait de son manque de charisme, mais il est perçu comme un soldat fidèle du Premier ministre.

Certains ont été jusqu'à suggérer que sa nomination était un moyen pour David Cameron de tenir plus serrées les rênes de la politique étrangère britannique, dans la perspective du référendum sur la place du pays dans l'UE qu'il a promis d'organiser en 2017 s'il est réélu.

"La nomination d'Hammond signifie que Cameron sera son propre ministre des Affaires étrangères. Il ne peut pas lâcher la politique européenne", a twitté Philip Collins, chroniqueur du Times et ancienne plume de Tony Blair.

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