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Nucléaire iranien: John Kerry parle de «fossés importants» dans les négociations

15/07/2014 05:15 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

VIENNE, Autriche - Le destin d'un possible accord historique avec l'Iran sur le nucléaire s'est un peu plus enfoncé dans les limbes, mardi, alors que le secrétaire d'État américain, John Kerry, notait qu'il y avait encore d'«importants fossés» en prévision d'une date butoir du 20 juillet pour conclure une entente visant à restreindre fortement le programme atomique de Téhéran.

M. Kerry, qui a rejoint les ministres des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne au cours de la fin de semaine pour ajouter du poids diplomatique aux négociations, a affirmé que les tractations allaient se poursuivre jusqu'à au moins dimanche. Pendant ce temps, a-t-il précisé, il consulterait le président Barack Obama et le Congrès sur la marche à suivre si aucun accord n'est conclu en date du 20 juillet.

«Il y a eu des progrès tangibles sur d'importantes questions, a-t-il dit à des journalistes. Cependant, il y a toujours des dossiers non réglés.»

M. Kerry s'exprimait après avoir tenu plusieurs conversations avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif, et des rencontres séparées avec ses homologues britannique, français et allemand, qui se sont également rendus à Vienne pour tenter de dénouer l'impasse. Une prolongation des discussions allant jusqu'à six mois est possible pour les négociations en cas d'entente mutuelle, et M. Zarif a fait savoir que cela était fort probable, puisque les progrès étaient suffisants «pour dire à nos leaders politiques respectifs que le processus vaut la peine d'être poursuivi».

Cette perspective pourrait toutefois être dure à faire accepter. Plusieurs membres du Congrès américain sont déjà sceptiques à l'idée de négocier une diminution du programme nucléaire iranien, et s'opposent à la poursuite des échanges. Toute décision d'aller au-delà du 20 juillet risque également de susciter les critiques des tenants de la ligne dure en Iran, qui craignent que les négociations n'entraînent un recul du programme nucléaire national.

La principale pierre d'achoppement est le programme d'enrichissement nucléaire de l'Iran. La République islamique affirme qu'il est nécessaire de développer cette technologie afin de produire du combustible à réacteur, mais les États-Unis craignent que Téhéran ne décide plutôt de fabriquer des ogives nucléaires, et puisse utiliser ses capacités actuelles pour aller dans ce sens en quelques mois seulement. Washington réclame d'importantes restrictions de l'enrichissement pour au moins 20 ans; l'Iran veut plutôt développer grandement ces activités en moins d'une décennie.

Aucun ministre n'a détaillé le contenu des conversations. Mais un diplomate au fait du dossier a expliqué que celles-ci concernaient non seulement l'enrichissement mais également d'autres pommes de discorde, y compris la réduction des risques de prolifération nucléaire découlant d'un réacteur qui produirait d'importantes quantités de plutonium lorsque sa construction sera complétée. Tout comme l'uranium enrichi, le plutonium peut être utilisé pour fabriquer des armes atomiques, et le diplomate a affirmé que les Iraniens étaient prêts à changer leurs plans pour produire moins de ce matériau fissile.

Pour Washington et Téhéran, une prolongation des discussions est logique sous plusieurs aspects. Avec tant de choses en jeu, et la possibilité du développement de la collaboration entre les deux pays dans d'autres domaines, aucune partie ne veut mettre fin aux négociations. Un tel geste remettrait en effet l'Iran sur la voie de l'isolationnisme, et mettrait même la table pour une action militaire américaine si l'Iran reprenait le chemin du développement nucléaire militaire.

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