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Missions en France: Lisée part en guerre contre Christine St-Pierre

15/07/2014 11:47 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Jean-François Lisée somme Christine St-Pierre de présenter des excuses pour avoir laissé entendre qu'il avait abusé des fonds publics lors de ses fréquents séjours en France.

Le député péquiste et ancien ministre des Relations internationales accorde à celle qui lui a succédé au ministère un délai d'une semaine pour s'amender, à défaut de quoi il intentera une poursuite en diffamation.

«Ce n'est pas vrai qu'on peut salir une réputation et s'en sauver», a déclaré M. Lisée en point de presse, mardi, à l'Assemblée nationale.

«Mme St-Pierre sait comment une poursuite en diffamation va se terminer. Les faits, les témoignages, les documents vont lui donner tort et me donner raison. Je lui demande donc d'émettre d'ici une semaine une rétractation complète de ses allégations et d'exprimer ses excuses envers ma famille. Sinon j'engagerai une poursuite en diffamation», a-t-il affirmé, piqué au vif par les allégations de la ministre.

La semaine dernière, Mme St-Pierre a soulevé des doutes sur l'intégrité de son prédécesseur, sous-entendant qu'il avait abusé de ses missions officielles dans l'Hexagone pour s'adonner à des activités personnelles aux frais des contribuables. Elle a fait remarquer que M. Lisée s'était rendu 11 fois à Paris en 18 mois.

Le député de Rosemont admet d'emblée qu'il a profité de missions et d'escales dans la Ville Lumière pour visiter sa conjointe Sandrine Perrot et leurs deux enfants qui demeurent à Chartres à 90 minutes de Paris. Il assure toutefois avoir remboursé tous les coûts reliés à ses activités privées, y compris les services d'un chauffeur. Il dit ignorer le montant qu'il a remboursé à titre de dépenses personnelles mais promet de déposer les documents pertinents au tribunal s'il entame une poursuite.

«Au procès, s'il y a procès, je ferai sortir toutes mes cartes de crédit», a-t-il dit.

Flanqué de sa conjointe et du chef parlementaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, M. Lisée a accusé la ministre des Relations internationales d'avoir entraîné sa famille dans la tourmente, une faute impardonnable à ses yeux.

«Il y a une règle non écrite dans la politique et les médias québécois: on ne touche pas à la vie familiale des élus. Or Mme St-Pierre a franchi cette ligne rouge à toute vapeur, en faisant de ma vie familiale un sujet de discussion publique, comme si c'était quelque chose de répréhensible ou de mystérieux. Alors, exceptionnellement, j'ai demandé à ma conjointe Sandrine d'être à mes côtés aujourd'hui. C'est elle et nos deux enfants — et bientôt un troisième — qui font qu'on traverse l'Atlantique pour se voir l'un l'autre», a-t-il relaté.

Mme Perrot a renchéri, dénonçant la mauvaise foi de l'élue libérale.

«La ministre a dit des faussetés, elle a mis notre famille sur la place publique sciemment, en espérant des gains politiques. (...) Elle a sous-entendu, par ses questions, que notre vie privée pouvait être répréhensible d'une façon ou d'une autre. Elle ne l'est pas. Ce sont des accusations gratuites, et pour ça il me semble que se rétracter ou nous présenter ses excuses est vraiment la moindre des choses», a-t-elle estimé.

M. Lisée s'est défendu d'avoir profité de ses fonctions pour multiplier ses séjours auprès de sa famille en France. Le relevé qu'il a fourni aux journalistes mardi dénombre cinq missions à Paris sur une période d'un an et demi et un nombre similaire d'escales vers des destinations autres. M. Lisée a fait étape dans la capitale française lors de ses voyages à Londres, en Afrique, en Chine, en Allemagne au Japon et en Italie.

À son avis, les sous-entendus de Mme St-Pierre sont de la pure malveillance, un comportement qu'il juge «répugnant».

Comme il prévoit défrayer des coûts importants pour sa poursuite, M. Lisée met son adversaire au défi d'en faire autant et d'assumer elle-même les frais de sa défense.

«Cette poursuite va me coûter à moi personnellement plusieurs dizaines de milliers de dollars, une grosse somme. Dans un monde idéal, Mme St-Pierre, et je lui lance le défi, devrait refuser de se faire rembourser les frais de sa défense par les contribuables. Moi, je suis prêt à payer de ma poche, car l'intégrité est une vertu cardinale», a-t-il dit.

La ministre St-Pierre a publié un communiqué laconique en fin de journée dans lequel elle ne fait nulle mention du procès que menace de lui intenter le député du Parti québécois. Elle soutient avoir posé des questions «légitimes» sur ses déplacements à Paris et nie avoir voulu impliquer sa famille dans le débat.

«Les interrogations légitimes que j'ai soulevées quant aux 11 déplacements ou visites de M. Lisée en France n'ont en aucun cas et d'aucune façon fait mention de sa famille. S'il a senti, d'une quelconque manière, une atteinte à sa vie privée, ce n'était pas du tout mon intention. Le respect de la vie personnelle des élus est pour moi un principe primordial», a-t-elle souligné.

Mme St-Pierre considère que le député de Rosemont «contribue à alimenter des propos diffamatoires» qu'elle se défend d'avoir tenus.

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