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Les frappeurs en léthargie, le Baseball majeur doit-il abaisser le monticule?

15/07/2014 09:57 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

MINNEAPOLIS - Le baseball a un problème: Clayton Kershaw, Aroldis Chapman, Felix Hernandez et tous les autres rois du monticule sont trop bons.

Ils règnent avec un assortiment de courbes, de glissantes surprenantes et de rapides à 100 milles à l'heure. Cette nouvelle génération de lanceurs a plongé les frappeurs des Majeures dans une profonde léthargie.

Les sommets atteints pour les retraits au bâton, le creux de vague en ce qui a trait aux circuits et l'inquiétude que le sport devienne ennuyeux rappellent à certains 1968, quand Bob Gibson, Denny McLain et les autres lanceurs dominaient.

À cette époque, le baseball avait adopté une solution radicale: le monticule a été abaissé de 15 à 10 pouces et la zone des prises réduite. Avec l'ajout de quatre équipes d'expansion, le résultat a été une augmentation de 11 points de la moyenne au bâton dès 1969 et de 19 pour cent plus de points marqués.

Est-ce que le baseball devrait de nouveau abaisser le monticule?

«Je ne sais pas, mec, peut-être s'ils continuent de dominer comme ça, a indiqué le cogneur de puissance des Marlins de Miami Giancarlo Stanton lundi soir. Qu'ils reculent le monticule de cinq pieds», a-t-il ajouté en riant.

Certains croient que d'abaisser le monticule réduirait le nombre de blessures graves au coude, qui ont conduit des vedettes comme Stephen Strasburg, Matt Harvey et Jose Fernandez — et peut-être Masahiro Tanaka — sous le bistouri.

Avec les matchs serrés et les positions défensives spéciales qui volent des coups sûrs, les clubs ont de plus en plus recours au «petit jeu» («small ball»). Est-ce cyclique ou est-ce que ce style de jeu est là pour rester?

Perché dans la loge de retransmission des matchs des Mets de New York, l'ex-joueur par excellence de la Nationale a une analyse inhabituelle et une solution toute aussi drastique.

«Ils devraient éliminer quatre équipes, croit-il. Il y a trop de joueurs. Le talent est trop dilué. Les lanceurs ne sont pas meilleurs. Je pense que l'ère des stéroïdes et les bâtons en aluminium ont affecté la façon dont ils ont appris aux enfants à frapper. Maintenant, on voit des gars au physique normal et des balles qui sortaient auparavant des stades être captées.»

En 2000, les frappeurs étaient à leur apogée avec 1,17 circuit par rencontre et une moyenne de 5,14 points par match, la plus haute depuis 1936. Mais l'attaque n'a pas cessé de décroître — comme le physique des joueurs — depuis, pendant que le baseball instaurait des tests antidopages.

Comme les matchs complets sont pratiquement disparus, de puissants releveurs dominent les fins de rencontres. Les radars enregistrent régulièrement des lancers dans les trois chiffres.

«Tout le monde lance à 109 milles à l'heure, alors vous ne voyez plus le partant à votre quatrième tour au bâton, a indiqué le gérant des Braves d'Atlanta, Fredi Gonzalez, exagérant un peu tout de même. Il y a plusieurs lanceurs spéciaux dans les enclos.»

Mais cette puissance a un prix: plus d'une vingtaine d'entre eux ont dû subir une reconstruction ligamentaire du coude — l'opération «Tommy John» — cette saison.

Selon le médecin des Mets, le Dr David Altchek, un monticule plus bas réduirait la force des lancers, puisque le corps serait moins propulsé en avant.

«Quand le corps 'tombe' sur le monticule, le bras traîne légèrement de l'arrière et toute la force se trouve concentrée au coude», explique-t-il.

Mais Glenn Fleising, de l'American Sports Medecine Institute, n'est pas d'accord avec cette théorie.

«De réduire le nombre de lancers en compétition est la façon la plus efficace de réduire les risques de blessures, c'est prouvé», a-t-il dit.

Une chose est certasine: la moyenne du Baseball majeur est de ,252, la plus basse depuis 1972 selon STATS, l'année avant que la Ligue américaine ne mette en place la règle du frappeur désigné. Les équipes marquent un point de moins par match, la moyenne de 4,14 étant la plus basse depuis 1992, juste avant que ne commence l'ère des stéroïdes. Depuis 1981, le taux de retraits au bâton par match a augmenté de 60 pour cent, passant de 4,75 à 7,70.

En fin de match, c'est encore pire: la moyenne au bâton de ,241 dans les dernières manches est la plus basse depuis 1974, année où STATS a commencé à les compiler. Il ne se marque que 1,3 point dans ces manches, rien pour encourager les gens à rester au stade ou à demeurer devant leur téléviseur.

«De toute évidence, la vraie 'solution' est d'interdire les spécialistes des huitième et neuvième manches, a lancé l'analyste d'ESPN Keith Olbermann. Je ne suis pas certain qu'un monticule plus bas soit la solution. Transforme-t-il les retraits au bâton en circuits? Ça ne semble même pas être le résultat du grand ménage qu'a fait le sport, car les frappeurs continuent de frapper la balle loin et fort, juste moins souvent. Ça semble juste être une transformation qui s'est effectuée sur de longues années, alors que les frappeurs ne se contentent que de s'élancer.»

Mais le baseball, le sport nord-américain le plus traditionnel, n'est pas près d'apporter ce changement.

«Nous sommes loin d'en arriver là», assure le président de l'Association des joueurs, Tony Clark.

«Il s'agit d'un truc immuable. Les buts seront toujours à 90 pieds, le monticule à 60 pieds, six pouces et toujours à la même hauteur, estime le lanceur des Giants de San Francisco Tim Lincecum, auteur de son deuxième match sans point, ni coup sûr le mois dernier. Ça serait trop bizarre que ce soit autrement.»

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