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Gala Juste pour rire Laurent Paquin: des «épais» bien sages (CRITIQUE)

13/07/2014 08:54 EDT | Actualisé 13/07/2014 08:58 EDT
PC

Laurent Paquin et ses invités n’ont pas trouvé de remède à la stupidité et l’insignifiance avec leur Gala Juste pour rire portant sur les «Épais», samedi. Mais leur spectacle, bien que sage et sans grand éclat, a versé davantage dans l’intelligence que dans la bêtise. Et il a joyeusement déridé son public, lequel s’est d’ailleurs montré très généreux en ovations debout, se levant spontanément à la fin de chaque segment, dans une soirée qui ne passera pourtant pas à l’histoire.

D’entrée de jeu, la liste des artistes devant défiler sur scène donnait l’eau à la bouche : Dominic et Martin, André Sauvé, P-A Méthot, François Bellefeuille, Jérémy Demay, pour ne nommer que ceux-là. Chacun a bien performé, mais il manquait les étincelles qui auraient provoqué des fous rires mémorables. Il faut dire que la thématique des «épais», bien que riche en matériel, est délicate; difficile de s’y aventurer sans blesser qui que ce soit. On a donc eu droit à des gags plus mignons qu’incisifs.

La saynète d’ouverture était inoffensive, mais amusante. Dans un tableau de comédie musicale rappelant autant Les Arpents verts que La Mélodie du bonheur, se sont éclatés des fermiers à chapeaux de cow-boys et chemises carottées, des enfants déguisés en lapins et en abeilles, et des épis de maïs géants. Laurent Paquin a fait irruption quelques minutes plus tard, décontenancé. «J’ai l’impression d’être dans une épluchette de blé d’inde dans Le Magicien d’Oz», a-t-il argué, avant de comprendre que son chorégraphe avait saisi qu’il devait orchestrer un concept autour des «épis» plutôt que des «épais».

Paquin a ensuite enchaîné avec sa définition personnelle des «niaiseux», des «caves» et des «cabochons» («si sa blonde le laisse, elle va quand même rester sa cousine»). Il a détaillé quelques non-sens de notre quotidien, comme les avertissements de sécurité sur les produits ménagers, en insistant sur le fait qu’on est tous et toutes «épais», à un certain moment de notre vie. «Je suis sûr que même Charles Tisseyre s’est déjà senti les doigts après s’être gratté le péteux», a-t-il justifié. Très bel effort, quand on sait que l’animateur ne souhaitait pas se limiter à énumérer les noms de ceux qu’il trouve «épais» dans son monologue.

Génial André Sauvé

Dominic et Martin ne se sont pas tellement éloignés de leur registre habituel, se livrant à un quiz visant à déterminer lequel des deux est le plus «épais» (Dominic a été le perdant…ou le gagnant?). Virginie Fortin a extrait l’une des portions les plus efficaces de son duo Mazza/Fortin, celle où elle examine nos petites manies aux cabinets d’aisance.

Notre premier coup de cœur du groupe, André Sauvé, a offert un délirant cours sur l’histoire du Canada aux nouveaux arrivants. Quand on connaît l’esprit d’analyse de Sauvé, on ne s’étonne pas qu’il ait passé plusieurs minutes à élaborer sur le «Ô» du «Ô Canada», sur les pièces de monnaie, sur les CPE et sur la météo. «Si vous voulez vous intégrer [au Canada], parlez de météo. Si vous chialez sur la météo, vous entrez vraiment dans la gang!» Brillant, bien construit, hilarant.

Sacré Révélation du Festival Juste pour rire en 2013 et nommé Découverte de l’année au dernier Gala les Olivier, Simon Leblanc n’a peut-être pas pigé dans le meilleur de son répertoire pour son passage au rendez-vous de Laurent Paquin. Son propos traitant d’une bagarre de cour d’école n’étaient pas à se rouler par terre, mais saluons son habileté à générer des images dans nos têtes. «Ce gars-là m’a tué la racine. J’avais les cheveux noirs, moi, avant!», a-t-il illustré pour expliquer comment un gaillard l’avait soulevé de terre par la tignasse. Le garçon, blond comme les prés, a de la graine d’excellent conteur, reste à posséder l’histoire pour générer les rires de bon cœur.

La recrue Pierre-Luc Pomerleau a été gratifiée d’une réception fort amicale. Le jeune homme vivait sa première expérience de Gala Juste pour rire, et le parterre lui a grandement facilité la tâche en réagissant avec enthousiasme à tout ce qu’il disait. Il a jasé de sa copine pharmacienne, des alcools qui le répugnent, de cette fois où il a eu l’air fou en dérobant la Kit-Kat d’une parfaite étrangère. Rien pour créer au génie, mais laissons-lui le temps de se solidifier. Sa bouille attachante le sert déjà bien.

À oublier

Après André Sauvé, P-A Méthot a provoqué un autre très bon moment, en alléguant être tanné de se faire prendre pour un «épais». Les salles de bain publiques, les comptoirs de restauration rapide, la disparition de l’avion de la Malaysia Airlines, les stationnements d’hôpitaux, le système de reconnaissance vocale chez Bell, pas grand-chose n’a échappé à son radar, et on en aurait pris une heure de plus. Tout de suite après, François Bellefeuille et son personnage de prêtre survolté ont aussi fait mouche.

La grande déception de ce collage plutôt linéaire? Le numéro réunissant Laurent Paquin, Sylvain Larocque et Stéphane Fallu dans une mise en situation de match des Canadiens. Assis dans les estrades, les trois amis ont discuté à bâtons rompus. On s’attendait à ce que s’échappent de ce sketch quelques-unes des meilleures lignes de la soirée, corrosives et sans pitié; on a plutôt eu droit à des plaisanteries bancales sur le kilt porté par Fallu et sur la vie sexuelle de Youppi. Une belle occasion ratée de se laisser aller.

Pour conclure, Laurent Paquin s’est amené, flanqué de P-A Méthot et Jérémy Demay (qui n’a effectué que cette apparition-éclair sur 100 minutes de prestations). Guitares au cou, le trio a rendu hommage aux «épais» dans une chanson qui traitait de messages-textes au volant, des politiciens et du prix de l’essence. Une finale à l’image du Gala : divertissante, mais peu surprenante.

Le Festival Juste pour rire se poursuit jusqu’au 26 juillet.

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