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Ramadan sans eau à Dakar, des habitants en colère

12/07/2014 02:46 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

Avec ses dix enfants, Aida Dao, une ménagère de 47 ans qui habite dans le quartier populaire Arafat Grand-Yoff à Dakar, a les nerfs à vif: elle ne "supporte plus" les coupures d'eau, surtout pendant le mois du ramadan.

"La situation est de plus en plus insupportable, l'eau arrive ici vers 4H00 du matin pour repartir aussitôt...", se plaint cette femme entourée de ses enfants en bas âge vivant dans une extrême pauvreté.

Elle explique, amère, qu'il lui faut passer des nuits blanches pour espérer pouvoir remplir les trois bidons de 10 litres chacun nécessaires pour cuisiner et faire boire son mouton.

Elle, ses enfants et l'animal cohabitent avec quatre autres familles dans une maison de moins de 100 m2.

"Nous n'avons pas les moyens d'acheter" de l'eau minérale et jeûner devient très difficile parce que nous sommes privés de sommeil. C'est vraiment dur", insiste Aida, très en colère et les yeux rouges de fatigue.

Dans sa ruelle, les familles posent des barriques vides, en attendant désespérément la venue d'hypothétiques camions citernes remplis d'eau.

"Nous sommes fatigués", lance N'Délé Daou, une voisine. A 35 ans, elle vit aussi avec une famille nombreuse "sans eau pour se laver tous les jours".

La situation est similaire dans d'autres quartiers populaires de Dakar, constate un chauffeur de taxi, Souleymane, qui transporte dans le coffre de sa vieille Renault 21 jaune et noire quatre bidons de 80 litres qu'il remplit d'eau "tous les jours en rentrant" à la Cité Fadia, un quartier de banlieue, où il vit.

Face à la montée de la colère des populations des quartiers et banlieues pauvres, la compagnie mixte (privé/public) chargée de la gestion de l'eau au Sénégal, la Sénégalaise des eaux (SDE), a expliqué que "cette situation est due à un déficit aggravé dans l'approvisionnement en eau de Dakar" et "au retard dans la réalisation du programme d'urgence de la Sones", la société publique chargée du réseau de canalisations.

- Un déficit de 14.000 m3/jour -

Selon la SDE, le déficit en eau "de 14.000 m3 par jour de la région de Dakar ne cesse de s'aggraver en raison de la forte demande en (cette) période de chaleur. Ces perturbations ont été accentuées ces derniers temps par l'instabilité de la fourniture d'électricité sur plusieurs unités de production alimentant Dakar".

La SDE a mobilisé une trentaine de camions-citernes pour servir les zones les plus affectées par les pénuries.

Mais dans la commune de Grand-Yoff, les citernes sont introuvables. Dans une ruelle poussiéreuse, un groupe de femmes marchent, bassine sur la tête, à la recherche du précieux liquide.

Parmi elles, Khoudia kholé, 36 ans, et sa voisine Louna Gaye, se plaignent du manque d'eau qui perdure depuis deux mois. "Or on continue à nous envoyer des factures", s'indignent-elles.

Tiémoko Dione, marin et chef de famille, ne décolère pas non plus, mais garde son sens de l'humour: "Pour manger le kheude (déjeuner du carême en langue wolof), on n'a même plus besoin du muezzin... parce que les rues sont déjà animées par les populations qui cherchent de l'eau".

L'eau, quand elle arrive dans des citernes, est payante, 7,5 centimes d'euros les 20 litres plus 1,5 euro pour le transport sur une carriole tirée par un cheval.

Des sommes qui, mises bout à bout, altèrent sérieusement le budget de familles déjà pauvres.

Dans certains quartiers de Grand-Yoff, l'eau coule timidement à la fontaine publique. "Nos maisons sont construites dans un bas-fond, même si le débit est faible, nous sommes les derniers à sentir les coupures d'eau", explique Sabou Nuiman Sangaré.

Il blâme "les pouvoirs publics qui n'ont rien fait" depuis des années, constatant que les "installations" de distribution de l'eau sont "un héritage du colonialisme" français.

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