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Un regroupement lance un appel au boycott d'un concert de Jean-Pierre Ferland

11/07/2014 11:46 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Un appel au boycott est lancé contre un concert du chanteur Jean-Pierre Ferland à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec, le 22 août, dans le cadre de la Grande Fête de la Côte-de-Beaupré.

Dans la foulée d'un jugement «historique» contre les rédemptoristes, qui gèrent la basilique, les victimes reconnues et alléguées de sévices sexuels demandent à l'artiste de ne plus s'associer à cette congrégation, parce que c'est «moralement inacceptable».

C'est l'appel qu'a lancé vendredi Frank Tremblay, qui a obtenu gain de cause contre les rédemptoristes en Cour supérieure, jeudi. M. Tremblay est un ancien élève du Séminaire Saint-Alphonse. Dans ce recours collectif, le juge Claude Bouchard a condamné jeudi les rédemptoristes, l'établissement scolaire et l'agresseur, le père Raymond-Marie Lavoie, à lui verser solidairement la somme de 150 000 $.

Frank Tremblay a tenu une conférence de presse vendredi matin dans un hôtel de Québec au côté d'un représentant de l'organisme Victimes d'agression sexuelles au masculin (VASAM), Alain Fortier, de Pierre Bolduc, une victime alléguée qui cherche aussi à obtenir justice, et de l'avocat Marc Bellemare.

«On interpelle Jean-Pierre Ferland à titre individuel, a déclaré M. Tremblay. Quand il a accepté de tenir un concert, il n'avait pas le jugement en main. Cette organisation-là (les rédemptoristes), avec les multiples témoins et tous les prêtres qu'elle a présentés (en cour), n'a pas été crue. Il faut en tirer une conclusion. Est-ce que quelqu'un veut se coller sur ces gens et leur permettre de redorer leur blason?»

M. Tremblay a dit ne pas être entré en contact avec l'artiste ou ses représentants. «Ce concert doit être déplacé n'importe où dans la grande région de Québec, mais pas dans une église sous l'autorité d'une congrégation qui a encouragé, organisé et toléré des agressions sexuelles sur des enfants.»

Il demande aux citoyens de ne pas acheter de billets pour ce concert et à M. Ferland de se montrer solidaire des victimes, car «il y va de sa réputation». Les défenseurs de la cause des victimes ont aussi invité les fidèles qui participeront au pèlerinage à la basilique le 26 juillet à ne faire aucun don. «Le seul outil de réprobation que possède le citoyen est le boycott financier. Il doit l'utiliser ici pour dire à Mgr Cyprien Lacroix (archevêque de Québec et primat du Canada) qu'ils en ont assez de cette Église à deux faces, l'une dévote et l'autre pédophile.»

Le regroupement n'interrompra son appel au boycott que si Mgr Lacroix cesse d'invoquer en défense le délai de prescription de trois ans imposé aux victimes d'agression sexuelle, au civil, qui a permis de débouter de nombreuses requêtes de présumées victimes, qui sortent de l'ombre après des décennies parfois.

«On ne peut pas imposer un tel obstacle juridique à toutes les victimes d'agressions sexuelles, c'est impensable», a fait valoir Marc Bellemare. Frank Tremblay a réussi à surmonter cet obstacle, mais pour beaucoup d'autres, c'est extrêmement difficile, a indiqué l'avocat.

«C'est le problème majeur, le délai de prescription, alors que les abus sont clairs, manifestes et facilement prouvables. (...) Il est ignoble, le délai de prescription», a dit l'avocat.

Dans les prochains jours, ils demanderont d'ailleurs formellement dans une lettre à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, l'abolition pure et simple du délai de prescription. Le délai a déjà été modifié en 2013 pour être porté à 30 ans, mais l'effet n'est pas rétroactif.

Frank Tremblay a aussi invité toutes les victimes de crimes sexuels commis par les membres du clergé à briser le silence et à entreprendre des procédures judiciaires pour obtenir réparation, même si elles sont longues et qu'elles l'ont personnellement anéanti.

«C'est extrêmement libérateur», a-t-il conclu.

La Grande Fête ira de l'avant

La présidente du conseil d'administration de la Grande Fête de la Côte-de-Beaupré, Sophie Brisson, est catégorique: l'organisation maintient le concert sur sa programmation.

Dans un premier temps, Mme Brisson a fait valoir que la Grande Fête est un organisme sans but lucratif à part entière, qui n'entretient pas de liens pécuniaires avec les Pères rédemptoristes. Ceux-ci prêtent la basilique à l'organisme pour le festival. D'ailleurs, a-t-elle fait valoir, les deux seuls événements payants de la fin de semaine sont le concert de M. Ferland et un souper.

«On ne veut pas faire de religion, on ne veut pas faire de politique non plus, on veut juste créer un événement qui soit amusant et qui réponde aux besoins de la population», a-t-elle affirmé en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne vendredi soir.

Mme Brisson a aussi fait remarquer que la basilique est la seule salle sur la Côte-de-Beaupré qui permet d'accueillir autant de spectateurs, soit 1300.

«Je comprends la demande de ces gens-là (M. Tremblay et les autres victimes), on est de tout coeur avec eux, j'ai beaucoup d'admiration pour ce que M. Tremblay a fait, toutes ces démarches-là, depuis un bon bout de temps. Mais il ne faut pas tout mélanger, il faut faire la part des choses. La Grande Fête de la Côte-de-Beaupré, on est un organisme sans but lucratif, entité vraiment à part entière», a-t-elle plaidé.

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