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Les Latinos-Américains se rangent à regret derrière la sélection d'Argentine

11/07/2014 11:44 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

BOGOTA - Réputés comme des gens arrogants qui ont des délires de grandeur à l'européenne, les Argentins ont longtemps été la cible du fiel et des blagues à travers l'Amérique latine.

Mais pendant au moins 90 minutes, dimanche, quand la sélection d'Argentine affrontera celle de l'Allemagne en finale de la Coupe du monde, la plupart des Latino-Américains mettront de côté leur haine à l'endroit de leurs voisins. Ils souhaiteront que Lionel Messi et ses coéquipiers sauvent ce qu'il reste de la fierté du continent en matière de foot.

Une défaite de l'Argentine aurait un élément historique: jamais une équipe européenne n'a été couronnée championne de ce côté-ci de l'Atlantique.

Après la victoire sans appel de 7-1 de l'Allemagne contre le Brésil, même les partisans qui ont la foi la plus ardente dans le foot latino-américain se demandent si l'Europe n'est tout simplement pas trop forte.

«Mon coeur veut que l'Argentine gagne, mais ma tête dit que c'est l'Allemagne qui le fera», a reconnu Alberto Ramos Salcedo, un auteur et un journaliste colombien qui écrit fréquemment sur le football.

Que l'Argentine soit devenue le porte-étendard de la région est une cruelle ironie aux yeux de plusieurs.

Un sondage en ligne effectué dans 19 pays par YouGov et le New York Times, avant le Mondial, a permis de constater que dans la majorité des pays sondés, les gens ont dit que l'Argentine était l'équipe qu'ils souhaitaient le plus voir perdre.

Dans les premiers jours du tournoi, alors que l'Argentine semblait lente à trouver son rythme et que des négligés comme le Costa Rica, la Colombie et le Mexique marquaient plusieurs buts contre leurs adversaires, on a pu voir un groupe de partisans mexicains portant des sombreros géants qui déambulait sur la plage Copacabana à Rio de Janeiro et qui cherchait à provoquer quiconque portait un maillot bleu et blanc de la sélection argentine.

«Fiesta Latina, sin Argentina, Fiesta Latina sans l'Argentine», scandaient ces Mexicains.

L'animosité à l'endroit de l'Argentine est attribuable à la colonisation du pays par différentes vagues d'immigrants européens à la fin du 19e siècle. Ce phénomène démographique a longtemps alimenté une perception de supériorité économique et culturelle chez les Argentins, par rapport à leurs voisins d'origines indigènes ou africaines. Même la langue espagnole empreint d'italien, qu'on parle dans les rues de Buenos Aires, détonne avec ce qu'on entend ailleurs sur le continent.

À la suite d'un effondrement économique en 2001, l'Argentine a fait acte d'humilité et a cherché à tisser des liens plus serrés avec le reste de la région. Elle envie maintenant la force économique du Brésil. La philosophie du sélectionneur Alejandro Sabella, axée sur «l'humilité et le travail acharné», fait également contraste avec l'exubérance de celui qui a dirigé la sélection argentine à la Coupe du monde de 2010, soit le légendaire Diego Maradona.

L'attaquant vedette de la sélection du Brésil, Neymar, a dit qu'il encouragerait l'Argentine, mais seulement parce qu'il souhaite un titre mondial à ses coéquipiers du FC Barcelone Messi et Javier Mascherano.

Les puristes du foot n'ont toutefois aucun doute que l'Allemagne est favorite pour l'emporter.

«La vérité, c'est que les Argentins sont surévalués, a déclaré Humberto Melendez, le propriétaire d'une librairie à Mexico appelée Futbologia, qui se spécialise dans les publications sur le foot. Mais une Coupe du monde en Amérique latine doit être remportée par une équipe latino-américaine.»

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