NOUVELLES

Larmes et douleur pour le 19e anniversaire du massacre de Srebrenica

11/07/2014 05:39 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

Des milliers de personnes commémoraient vendredi dans la douleur, à Srebrenica, en Bosnie orientale, le massacre il y a 19 ans de près de 8.000 musulmans par les forces serbes bosniennes, le pire en Europe depuis la seconde Guerre mondiale qualifié de génocide par la justice internationale.

En début d'après-midi, un imam prononcera une prière pour les morts avant que ne soient inhumées 175 victimes de cette tuerie, identifiées depuis le précédent anniversaire.

Les cercueils couverts de linceuls verts étaient alignés sur la pelouse, dans une douzaine de rangées en attendant d'être mis en terre dans le centre mémorial de Potocari, près de Srebrenica.

Des proches sont accroupis à côté des cercueils, les caressant d'une main tremblante, d'autres comme Mustafa Delic, 50 ans, un rescapé, s'attelant à vider l'eau de la pluie tombée dans la nuit et qui a rempli les trois tombes creusées pour ses trois frères, dont le plus jeune avait 21 ans.

"L'attente a été douloureuse, mais le moment est venu que ça se termine. Il faut tourner la page car la vie continue, qu'on le veuille ou non", lâche M. Delic.

"On n'a pas eu le temps de se dire adieu. On était cinq frères, trois n'ont pas eu de chance", dit cet homme aux rares cheveux gris.

A ce jour, 6.066 personnes tuées dans ce massacre, et dont les restes ont identifiés après avoir été exhumés de dizaines de fosses communes, ont été enterrées dans le centre mémorial de Potocari.

- "C'est ici ma maison, au milieu des tombes" -

"Ici c'est la fin", soupire Ramiza Hasanovic, la soixantaine, devant la tombe dans laquelle sera déposée la dépouille de son mari, dont les restes ont été récemment découverts dans une fosse commune.

Deux autres tombes ont été creusées à côté, l'une pour son frère et l'autre pour son neveu. Il y a deux ans, cette femme avait déjà enterré ses deux fils, Nihad et Mumin, âgés de 16 et de 18 ans lors du massacre.

"C'est ici ma maison, au milieu de ces tombes, c'est mon lieu de pèlerinage, c'est tout ce que j'ai. Je viens ici quand je peux, je leur parle, je prie pour eux", lâche cette femme aux cheveux noirs couverts d'un voile lilas.

Treize mineurs au total se trouvent parmi ces victimes, des garçons qui avaient entre 15 et 17 ans à l'époque du massacre, qualifié de génocide par la justice internationale.

Aucun proche des frères Amir et Asim Mujic, qui avaient 20 et 24 ans lors du massacre, n'a survécu pour les déposer en terre, comme le veut la tradition musulmane. C'est leur cousin lointain Ismet Memic, 78 ans, qui leur rend hommage aujourd'hui.

"Tous les trente-sept hommes de leur bourgade ont été tués. Leur père et leur troisième frère aussi. Leur mère est morte de détresse", dit le vieux Ismet. "Mais désormais, le père et ses trois fils seront de nouveau ensemble", dit-il en montant les quatre tombes.

Atif Osmanovic, 84 ans, berêt noir vissé sur la tête, enterre deux de ses trois fils. "On n'a pas encore retrouvé mon troisième garçon. Il y a deux ans, j'ai enterré trois petits-fils. Et il en manque encore deux", raconte-t-il les mains tremblantes.

En juillet 1995, quelques mois avant la fin de la guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-1995), les forces serbes de Bosnie ont massacré environ 8.000 hommes, enfants et adolescents musulmans à Srebrenica, la pire tuerie commise en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ex-chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie considérés comme les principaux responsables de ce massacre sont jugés pour génocide par le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (TPIY).

rus-mat/cn/ros

PLUS:hp