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Facebook, caisse de résonance des haines religieuses en Birmanie

11/07/2014 04:31 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT

Après de nouvelles violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans en Birmanie, Facebook, porte-voix involontaire d'un discours de haine qui prend de l'ampleur, est désormais sous surveillance.

Depuis la dissolution de la junte en 2011, le site est devenu un outil privilégié de partage d'informations pour des citoyens qui expérimentent une toute nouvelle liberté d'expression.

Mais cette liberté a également ouvert les vannes d'un discours de haine sur internet.

Un blog accusant deux musulmans d'avoir violé une bouddhiste a ainsi enflammé la Toile la semaine dernière, conduisant à des émeutes à Mandalay, deuxième ville du pays.

Ces événements qui ont fait deux morts font craindre que les violences entre bouddhistes et musulmans qui ont secoué des régions plus isolées du pays depuis 2012 ne s'étendent aux grandes villes, y compris Rangoun.

"C'est comme si tout le pays était arrosé d'essence. S'il y a une étincelle quelque part, ça peut exploser", s'est inquiété Nay Phone Latt, blogueur et ancien prisonnier politique.

Facebook n'a pas été accessible pendant deux nuits lors des dernières émeutes, mais malgré les suspicions, le gouvernement n'a pas confirmé avoir utilisé une technique prisée par l'ancienne junte pour empêcher la propagation de commentaires incendiaires.

Un porte-parole du géant américain a de son côté simplement indiqué à l'AFP avoir entendu parlé des coupures, tout en soulignant que tout fonctionnait désormais normalement.

Selon sa politique, Facebook "ne permet pas le discours de haine" ni les contenus étant "une menace directe à la sécurité publique".

Mais le site se repose surtout sur ses utilisateurs, comme le groupe de Nay Phone Latt, Panzagar ("discours des fleurs"), dont la vingtaine de bénévoles surveille et rapporte les pages en birman aux contenus controversés.

Un haut responsable du bureau du président Thein Sein a indiqué à l'AFP que les autorités avaient discuté pendant les violences de Mandalay avec des représentants de Facebook pour "réduire les provocations, les rumeurs sur le réseau social et le discours de haine".

Le site a accepté d'assigner trois personnes pour communiquer avec la Birmanie et bloquer des pages, en accord avec sa politique, a-t-il précisé.

- Langage haineux 'banal' -

Selon la Fédération birmane de l'informatique, seulement 1% de la population avait accès à internet il y a seulement deux ans, mais ce chiffre est passé à 10%. Et l'arrivée prochaine d'opérateurs de téléphonie mobile bon marché devrait permettre à la moitié des habitants, soit environ 30 millions de personnes, d'être connectés.

Face à cette situation, le pays a besoin d'une politique liée à la publication de messages en ligne, qui pourrait aller jusqu'à des restrictions de l'anonymat, a estimé le responsable du gouvernement.

Mais les experts ne pensent pas que les autorités iront jusqu'à bloquer Facebook. "Cela créerait une révolution", a prévenu un observateur étranger, soulignant que le site était pour beaucoup un "exutoire".

Les provocations en ligne se sont multipliées depuis 2012, lorsque des violences entre bouddhistes et musulmans avaient fait plus de 200 morts en Etat Rakhine, dans l'ouest, mettant en lumière une islamophobie latente dans un pays très majoritairement bouddhiste.

Thein Sein a mis en garde cette semaine contre ces discours de haine, qu'il a mis sur le compte d'un manque d'éducation.

Mais son gouvernement est accusé de ne pas faire assez contre les violences communautaires. Et il a accepté d'examiner les propositions de moines bouddhistes nationalistes de limiter les mariages interreligieux et les conversions.

Wirathu, un leader de ce mouvement radical, avait relayé sur Facebook les accusations de viol juste avant le début des violences de Mandalay, avant d'assurer que les mosquées de la ville avaient appelé au "jihad", avec des centaines de musulmans prêts à attaquer.

Mais le religieux a rejeté toute responsabilité dans les émeutes. "Les organisations musulmanes sont responsables de ça et sont plus à même d'empêcher que cela ne se reproduise", avait-il déclaré à l'AFP.

Et pour les experts, le moine et ses diatribes sont loin d'être isolés.

"Le langage malveillant, haineux, est banal", a noté Nicholas Farrelly, de l'Université nationale australienne. "Ceux qui utilisent ce langage se sentent les bienvenus sur internet, et dans les interactions quotidiennes dans la rue".

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