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Après la honte du 'Mineirazo', le Brésil exige une révolution dans son football

11/07/2014 03:13 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

L'entraîneur du Brésil et les joueurs en pleurs de la Seleçao ont déjà demandé pardon pour le désastre (7-1) face à l'Allemagne mais le choc du "Mineirazo" passé, le Brésil exige une révolution pour son football gangréné par l'exode des talents et une mauvaise gestion.

La présidente Dilma Rousseff a annoncé la problématique dans une récente interview à la chaîne américaine CNN: "Quelle est la principale attraction pour un pays qui aime le football comme le notre pour aller voir un match? C'est de voir les cracks. Il y a beaucoup de cracks au Brésil qui sont hors du pays depuis longtemps".

"Le Brésil ne peut pas continuer à exporter ses joueurs. Cela veut dire ne plus avoir la plus grande attraction pour que les stades se remplissent", a précisé la chef de l'Etat.

Le ministre des Sports Aldo Rebelo a été plus dur: "nous sommes fournisseurs de matières premières et importateurs de produits finis", a-t-il dit, réclamant des changements urgents dans le football brésilien.

- Jeunes émigrants de luxe -

Ces prises de position sont nourries par des chiffres. De juin 2011 à juin 2014, 5.526 joueurs brésiliens ont été l'objet de transactions entre clubs du monde entier, ce qui représente 13% du marché mondial, selon des données de la Fifa TMS.

Les clubs brésiliens ont laissé partir, surtout en Europe, 2.311 footballeurs dans cette période dont 199 avaient moins de 20 ans (9% du total).

Presque tous les joueurs de l'équipe nationale actuelle exercent à l'étranger, en Europe, où les salaires sont largement plus élevés.

Ainsi, le capitaine Thiago Silva est parti en 2004 à Porto à 20 ans, comme le défenseur David Luiz (parti au Benfica Lisbonne en 2007, à 19 ans), Oscar (acquis par Chelsea en 2012 à 19 ans) ou la star Neymar (parti en 2013 au FC Barcelone, à 21 ans).

Seuls quatre des 23 sélectionnés par le Luiz Felipe Scolari pour le Mondial jouent dans l'un des championnats brésiliens; les deux attaquants très critiqués Fred (Fluminense) et son suppléant Jo (Atlético Mineiro). Les deux autres sont les gardiens de but remplaçants.

Cette émigration a été avancée par Scolari pour expliquer les problèmes de son équipe: "Aujourd'hui, il est très difficile de faire jouer un joueur de la Seleçao avec notre style. Ils sont partis chaque fois très tôt du Brésil et ont intégré la manière de jouer des étrangers. Et quand ils rejoignent la sélection, ils ont du mal à jouer avec les Brésiliens".

Pour l'ancien international Zico, la Seleçao est affectée par les choix faits en amont; durant la période de formation. "Nous devons revoir la formation de nos joueurs. A l'heure de choisir sur la base, il ne faut pas regarder qui est plus grand, le plus fort comme font les clubs. Il faut travailler avec ceux qui ont du talent. Le changement doit être radical aussi dans la gestion de la Seleçao", a-t-il écrit dans une chronique pour le journal Globo.

- Calendrier infernal -

Champion du monde en 1994 et désormais député socialiste, Romario estime lui que le problème est politique et il cible les dirigeants de la Fédération brésilienne de football (CBF).

"Marin (président de la CBF) et Del Nero (actuel vice et futur président à partir de 2015) devraient être en prison!", a-t-il écrit dans une lettre ouverte, en les traitant de "corrompus".

Ce débat autour de la Seleçao s'inscrit dans un contexte économique délicat. La plupart des clubs brésiliens sont endettés. Les 25 équipes les plus importantes du pays cumulent une dette de 2 milliards de dollars qui se traduit par des retards dans les salaires des joueurs.

Autre problème: 583 des 684 clubs professionnels du pays ne disposent pas d'un calendrier annuel. Ils ne disputent que 19 matches par an, ce qui laisse 82% des joueurs sans travail pendant six mois.

Pour lutter contre ce déséquilibre, le collectif de joueurs baptisé "Bon sens FC" a obtenu que la CBF approuve une réforme qui introduira en 2015 une pré-saison d'un mois, la garantie de 30 jours de vacances pour les footballeurs et qui fixera le nombre de matches. Le début de la révolution ?

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