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Pologne: le directeur d'un hôpital licencié après avoir refusé une IVG

10/07/2014 03:54 EDT | Actualisé 08/09/2014 05:12 EDT

La mairie de Varsovie a décidé de licencier le directeur d'un hôpital public qui a refusé une interruption de grossesse justifiée par une malformation du foetus, a déclaré jeudi à l'AFP son porte-parole, une décision relancant le débat sur l'IVG dans la très catholique Pologne.

"La maire de Varsovie, Hanna Gronkiewicz Waltz, a pris la décision. Le licenciement du professeur Bogdan Chazan n'a cependant pas encore été formalisé car il se trouve en congé", a déclaré Bartosz Milczarczyk.

En Pologne, l'avortement n'est permis qu'en cas de viol, d'inceste, de danger pour la vie de la mère ou de malformation irréversible du foetus. Dans les deux premiers cas, l'intervention est autorisée jusqu'à la 12e semaine, alors que dans les deux cas suivant jusqu'à la 24e semaine.

"Un médecin peut refuser de procéder à une IVG en invoquant la clause de conscience, mais un hôpital en tant qu'établissement public, ne peut pas le faire", a souligné le porte-parole de la mairie.

Le docteur Chazan a argué qu'une IVG était contraire à ses convictions religieuses.

L'archevêque de Varsovie Mgr Stanislaw Nycz s'est déclaré "profondément préoccupé" par le licenciement du médecin, estimant que cette mesure était une violation du droit constitutionnel de la liberté de conscience.

"C'est un précédent dangereux qui enfreint non seulement les droits des catholiques, mais de tous les gens. Le législateur ne peut pas obliger les médecins à agir contrairement à leur conscience", a-t-il déclaré.

Les mouvements de défense des droits de la femme approuvent de leur côté cette décision de la mairie.

"Pour les mouvements de défense des droits de la femme, il n'y a pas lieu de déborder de joie, c'est une décision qui est une simple application de la loi", a déclaré à l'AFP Krystyna Kacpura, directrice de la Fédération de la Femme et du Planning familial.

La Pologne est "un état laïc, gouverné par la loi, et les deux parties (dans le débat sur l'avortement) doivent s'y soumettre", a-t-elle ajouté.

Pour le quotidien Gazeta Wyborcza, il s'agit d'"une nouvelle étape d'une guerre religieuse" qui a mobilisé l'Eglise catholique polonaise, les organisations "pro life" et celles défendant le droit à l'avortement légal.

La mère avait été dirigée dans un autre hôpital public, mais après avoir dépassé de cinq jours le délai légal pour une IVG.

L'enfant, né le 30 juin, est décédé mercredi, ont rapporté les médias polonais citant l'avocat de la mère. Ce dernier a annoncé le dépôt d'une plainte devant un tribunal contre l'hôpital et contre M. Chazan, réclamant des dédommagements à l'hôpital.

Le parquet de Varsovie a ouvert une enquête.

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