NOUVELLES

Espionnage: Berlin renvoie le plus haut responsable américain du renseignement

10/07/2014 12:27 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT

BERLIN - L'Allemagne a demandé jeudi au plus haut responsable du renseignement américain à Berlin de quitter le pays, alors que de nouvelles allégations d'espionnage aggravent les frictions entre les deux alliés.

L'émergence de deux nouveaux cas allégués d'espionnage américain a été l'élément déclencheur de ce renvoi. Ces allégations s'ajoutent à la fureur provoquée l'an dernier par les révélations selon lesquelles l'agence américaine de sécurité nationale (NSA) aurait intercepté le trafic Internet en Allemagne et espionné les appels sur le téléphone portable de la chancelière Angela Merkel.

Plus largement, la décision de renvoyer le chef de station de la CIA à Berlin semble refléter l'impatience de l'Allemagne face à ce qu'elle considère comme un manque de respect et une ingérence des États-Unis.

«Il a été demandé au représentant des services de renseignement américains à l'ambassade des États-Unis de quitter l'Allemagne», a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, dans un communiqué.

«La demande est intervenue avec en toile de fond l'enquête en cours des procureurs fédéraux, de même que les questions qui ont été posées il y a plusieurs mois sur les activités des services de renseignement américains en Allemagne», a-t-il ajouté. «Le gouvernement prend cette affaire très au sérieux.»

Des responsables américains ont qualifié d'«extraordinaires» les mesures prises par l'Allemagne.

Même si des agents secrets américains ont déjà été expulsés de certains pays au fil du temps, en général par des régimes hostiles, un ancien haut responsable américain a indiqué qu'il ne se rappelait pas d'un cas depuis la fin de la guerre froide où un agent du renseignement aurait été renvoyé d'un pays.

Le responsable a réclamé l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à discuter publiquement de cette affaire.

Le gouvernement allemand a refusé de révéler le nom de l'agent américain renvoyé. Aux États-Unis, la loi interdit de dévoiler publiquement le nom d'un agent secret.

Peu avant l'annonce de jeudi, la chancelière Angela Merkel avait affirmé aux médias que l'Allemagne et les États-Unis avaient des «approches très différentes» quant au rôle des agences de renseignement, en soulignant que le fait d'espionner des alliés était «un gaspillage d'énergie».

Le secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Josh Earnest, n'a pas voulu commenter la décision de l'Allemagne, mais a affirmé que les États-Unis prenaient «très au sérieux» les questions liées au renseignement.

«Je ne veux pas que vous sortiez de cet échange en pensant que nous prenons cette affaire à la légère», a-t-il dit, en soulignant que Washington et Berlin continuaient d'avoir un partenariat fort.

Les allégations de l'an dernier voulant que la NSA ait espionné Mme Merkel et le trafic Internet ont poussé l'Allemagne à ouvrir une enquête criminelle et une enquête parlementaire.

Mercredi, la police allemande a mené des perquisitions dans des propriétés de la région de Berlin, en lien avec ce que le porte-parole du gouvernement a qualifié de cas impliquant «des soupçons très sérieux» d'espionnage.

Des médias allemands ont rapporté que l'homme visé par les perquisitions travaillait au ministère allemand de la Défense, dans un département responsable des politiques internationales de sécurité. Il aurait éveillé les soupçons des autorités à cause de ses contacts étroits avec de présumés espions américains.

La semaine dernière, un homme de 31 ans, employé des services allemands de renseignement, a été arrêté en lien avec des soupçons d'espionnage pour le compte d'une puissance étrangère depuis 2012. Des médias allemands ont rapporté qu'il espionnait pour la CIA.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré qu'il ne pouvait comprendre pourquoi les États-Unis auraient pu vouloir espionner son pays.

«Nous nous parlons tout le temps et personne ne garde ses opinions secrètes», a-t-il affirmé dans une entrevue publiée mercredi par le quotidien «Saarbrücker Zeitung».

PLUS:pc