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Dabiq, le nouvel outil de propagande du "califat"

10/07/2014 04:08 EDT | Actualisé 08/09/2014 05:12 EDT

Photos d'habitants souriants, récits d'expériences qui bouleversent une vie, articles glorifiant des siècles d'héritage et promettant un avenir radieux: si le "califat" jihadiste avait une compagnie aérienne, "Dabiq" serait le magazine de bord.

Pour l'instant, cet outil de propagande en anglais pour le jihad mondial n'est publié que sur internet, et les avions qui survolent les zones tenues par les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie sont plutôt des bombardiers ou des drones.

Mais ce magazine de 50 pages fait de son mieux pour convaincre le lecteur que le "califat" proclamé fin juin par l'EI sur ces zones est un foyer légitime et viable pour les musulmans du monde entier.

Sa maquette ressemble fortement à celle d'"Inspire", le magazine diffusé par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), qui cherche à susciter des vocations de "loup solitaire" et distille des instructions sur la fabrication d'une bombe.

Selon des experts, la ligne éditoriale de "Dabiq" est plus centrée sur l'idéal de construction d'un Etat fondé sur la charia (loi islamique) que sur l'incitation à l'action ou les directives opérationnelles.

"L'objectif n'est pas de pousser les jeunes musulmans occidentaux radicalisés à mener des attentats mais de les faire venir en Syrie", explique Peter Neumann, directeur du Centre international pour l'étude de la radicalisation, basé à Londres.

De nombreux combattants étrangers ont déjà franchi le pas, et pour Richard Barrett, ancien responsable britannique de la lutte antiterroriste, "Dabiq" cherche avant tout à présenter le "califat" comme une entité réelle et crédible.

"Certaines techniques de publicité cherchent à soutenir votre choix plutôt que de l'inspirer, et c'est ici le même phénomène", estime-t-il.

Des milliers d'étrangers ont rejoint les groupes jihadistes en Syrie depuis le début du conflit en 2011 dans ce pays, et beaucoup d'entre eux combattent désormais dans les rangs de l'EI.

Le premier numéro de "Dabiq" salue aussi comme une figure fondatrice du "califat" Abou Moussab Al-Zarkaoui, un commandant militaire ultra-violent qui a dirigé l'Etat islamique en Irak, branche irakienne d'Al-Qaïda dont l'EI se veut l'héritier même si les ponts sont rompus avec le réseau islamiste.

- Dans la lignée des Ottomans -

En introduction, le magazine explique tirer son nom du site d'une ville du nord de la Syrie, théâtre au début du XVIe siècle d'une bataille décisive qui a permis aux Ottomans de prendre le dessus sur les Mamelouks venus d'Egypte et de fonder un empire que l'EI garde pour modèle.

Avec ce titre, le groupe jihadiste veut montrer "qu'il s'inscrit dans la lignée des Ottomans", explique M. Neumann.

Dabiq est aussi mentionné dans un hadith d'un compagnon du prophète Mahomet comme le site où les armées de Dieu ont battu des envahisseurs "romains" et infligé une défaite à Satan.

"Cette rhétorique apocalyptique a été un élément important dans l'extrémisme islamiste depuis des années, et c'est apparemment une motivation pour certains", relève M. Barrett.

Le premier numéro de "Dabiq", intitulé "Le retour du califat", donne aussi la parole à Abou Bakr Al-Baghdadi, désormais "calife Ibrahim", qui déclare l'avènement d'une nouvelle ère pour l'islam et renouvelle son appel aux musulmans qualifiés du monde entier à venir soutenir le nouvel Etat.

Le magazine publie des photos de combattants de l'EI paradant avec leur drapeau noir devant des foules en liesse en Irak comme en Syrie, mais aussi de cadavres de civils sunnites qui auraient été massacrés par des chiites ou de soldats chiites héroïques tombés au champ d'honneur.

Un article théologique long et complexe explique aussi la légitimité du "califat" et la position de Baghdadi comme chef temporel et spirituel.

Bizarrement, "Dabiq" illustre aussi un article sur le leadership par l'image d'un chien de berger éloignant un troupeau de moutons d'une falaise.

"Cela montre que c'est un Occidental qui a fait cela", estime M. Neumann, rappelant que les chiens sont considérés comme impurs dans la culture islamique et dans une grande partie du monde arabe.

Pour M. Barrett, l'EI "parvient à toucher ses partisans et fait preuve de compétences en matière de design, mais leur style d'écriture n'a pas l'éclat d'Inspire", même s'il est probable qu'il aura le même succès à travers le monde.

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