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Les renseignements sud-africains voient une dégradation au Nigeria

09/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 08/09/2014 05:12 EDT

La ligne dure employée par le Nigeria face à la sanglante insurection du groupe islamiste Boko Haram a conduit les autorités à violer les droits de l'homme, selon un exposé des services secrets sud-africains dont l'AFP a eu connaissance.

Dans un compte-rendu présenté mardi au ministre chinois de la Défense Chang Wanguan, les renseignement de l'armée sud-africaine donnent une évaluation franche des crises que traverse l'Afrique, notamment la lutte que livre le Nigeria à Boko Haram et à sa branche dissidente Ansaru.

Malgré des années d'affrontements, Abuja est toujours confronté à une "insurrection armée prolongée" et une résolution du conflit n'est pas en vue pour les Sud-Africains.

La "situation sécuritaire au Nigeria devrait encore se dégrader", estiment-ils.

"Les perspectives pour la résolution du conflit devraient rester sombres: le gouvernement (nigérian) persiste dans sa stratégie de contre-insurrection sans concession à la crise, ce qui a dégénéré en des violations des droits de l'homme commis par l'État comme par les militants" islamistes, notent ces renseignements.

Des milliers de personnes ont été tuées ces cinq dernières années, depuis que Boko Haram cherche à fonder un Etat islamique dans le nord du Nigeria.

Longtemps une affaire locale, l'insurrection du mouvement islamique a gagné la Une des journaux du monde entier depuis qu'il a enlevé plus de 200 lycéennes dans la ville reculée de Chirok, en avril.

Et les attentats à la bombe, les assassinats et les enlèvements sont devenus quotidiens dans le pays.

L'Afrique du Sud et le Nigeria sont des alliés, mais les deux géants africains sont également des rivaux tant économiques --le second vient de souffler au premier la place de première économie d'Afrique-- que politiques. Les deux convoitent un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, et les deux courtisent la Chine.

Une enquête de l'AFP a récemment apporté la preuve que le gouvernement nigérian a tenté de minimiser l'ampleur de la menace posée par les groupes terroristes, y compris la tentative de faire passer un attentat contre un dépôt de carburant, le 25 juin à Lagos, comme un accident.

Des témoignages et des photos montrent que des explosifs ont bien été utilisés.

La plupart des experts militaires estiment que l'armée nigériane, débordée et sous-financée, est incapable de lutter efficacement contre un ennemi qui est soupçonné d'avoir des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Des pirates impitoyables

Plusieurs groupes de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International, accusent les autorités nigérianes d'être responsables de centaines d'exécutions extrajudiciaires et de disparitions chaque année.

Le gouvernement a rejeté ces accusations à plusieurs reprises.

Les renseignements militants sud-africains ont également averti les Chinois d'une "menace accrue de militantisme dans le delta du Niger", la région du sud-est du Nigeria d'où vient la majorité de son pétrole, ainsi que de la recrudescence de la piraterie au large des côtes nigérianes.

Cette augmentation de la piraterie dans la région fait pendant à une baisse au large de la côte de la Somalie, de l'autre côté de l'Afrique.

"Les attaques (sont) lancées principalement du Nigeria, dans le but de voler des navires. (...) Les niveaux de violence (sont) plus élevés, car les pirates sont moins soucieux du bien-être des otages que leurs homologues somaliens", préviennent les Sud-Africains.

Il n'est pas indiqué si le compte-rendu -- qui n'est pas présenté comme classé secret défense-- a été établi à partir d'éléments directement collectés par les services secrets, ou compilé à partir de données publiques.

Le rapport donne également un aperçu de la situation sécuritaire dans plusieurs autres régions d'Afrique, évoquant "anarchie permanente" et "crise humanitaire généralisée" en Centrafrique.

Les milices d'auto-défense anti-balaka et des "éléments incontrôlés" composés d'anciens soldats y sont, dit-il, "de plus en plus organisés", mais sans objectif politique clair.

En ce qui concerne la Somalie, les renseignements militaires sud-africains estiment que la fin d'une suspension partielle de l'embargo sur les armes par le Conseil de sécurité des Nations Unies permettrait "d'aider au développement du secteur de la sécurité."

Mais, mettent-ils en garde, il y a un "risque que les shebab ou d'autres milices hostiles se procurent des armes"

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