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La mort de Mgr Volodymyr plonge l'Eglise orthodoxe russe d'Ukraine dans la tourmente

09/07/2014 03:11 EDT | Actualisé 07/09/2014 05:12 EDT

La mort du métropolite Volodymyr a ouvert devant l'Eglise orthodoxe russe d'Ukraine, qu'il avait dirigée pendant 22 ans, un temps d'incertitudes et de défis, dont le premier est son positionnement face au séparatisme russe dans l'est du pays.

Première communauté religieuse du pays, revendiquant onze mille paroisses, bien devant le patriarcat orthodoxe de Kiev créé en 1992 après l'indépendance de l'Ukraine, elle dépend du patriarcat de Moscou et entretient des liens étroits avec la Russie.

Mgr Volodymyr, disparu à 78 ans, était né en Ukraine, mais formé à Léningrad et à Moscou du temps de l'Union soviétique. Il avait réussi à "rester Ukrainien", comme on dit à Kiev, à suivre une voie du milieu, sans s'aligner complètement sur le patriarcat de Moscou, traditionnellement proche du pouvoir russe.

Mais son successeur, qui doit être élu par l'épiscopat convoqué pour le 13 août à Kiev, devra se déterminer par rapport au séparatisme prorusse, ouvertement appuyé dans l'Est par bon nombre de prêtres de son église, et face à la vague montante du sentiment antirusse dans le reste du pays.

"De celui qui sera porté à sa direction dépendra l'avenir de l'Eglise" fidèle au patriarcat de Moscou, dit Lioudmila Fylypovytch, vice-présidente de l'association ukrainienne des chercheurs spécialistes des questions religieuses. "Soit il cherchera à préserver l'unité de l'Eglise avec son noyau prorusse, soit elle éclatera en deux parties, pro-ukrainienne et prorusse".

Selon elle, certains hauts responsables de l'Eglise orthodoxe russe en Ukraine, tels les métropolites d'Odessa Agafanguel et de Donetsk Illarion ont joué un rôle important dans l'agitation séparatiste. "Les gens sortis dans la rue pour crier qu'ils veulent rejoindre la Russie, répétaient ce que leur avaient mis dans la tête les homélies de l'Eglise la plus influente de leur région", dit Mme Fylypovytch, chercheuse de l'Académie des sciences.

- 'Eviter des provocations' -

Mgr Agafanguel, notamment, est connu pour avoir toujours manifesté un grand appétit pour la chose politique: il avait été député, avait appuyé le Parti des régions du président prorusse déchu Viktor Ianoukovitch, et avait tenu publiquement des propos contre l'Etat ukrainien, l'Otan et l'UE.

Pour succéder à Mgr Volodymyr, il n'y pratiquement pas de candidats pro-ukrainiens. Parmi les mieux placés - qui sont tous considérés comme prorusses à des degrés différents -, on cite le métropolite de Borispil et Brovary, Mgr Onoufriï, 69 ans, homme tourné vers la vie spirituelle et la prière plutôt que vers la gestion de ressources humaines et matérielles, et celui de Tchernivtsy et Boukovina, Mgr Antoniï, 46 ans, plus moderne et "libéral".

"Moscou influencera sans aucun doute le choix du futur métropolite", pense Taras Antochevskiï, directeur du Service d'information sur les religions, un organisme indépendant.

Mais le patriarcat de Moscou et les évêques "comprennent tous que présenter un candidat ouvertement prorusse serait compromettant pour l'Eglise et conduirait à la fuite de ses cadres. Et en même temps, il leur est impossible d'appuyer un candidat indépendant et pro-ukrainien. D'ailleurs on n'en voit aucun", reconnaît l'expert.

A moins qu'on pense au jeune Oleksandr Drabinko, métropolite de Pereïaslav-Khmelnitski. Mais, pense M. Antochevskiï, ses chances d'obtenir un appui suffisant au sein de l'épiscopat sont plutôt maigres.

Ainsi, selon lui, les évêques qui se réuniront dans un mois ne suivront qu'un objectif réaliste: préserver la stabilité de leur église.

Le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kirill, a choisi de ne pas assister aux obsèques solennelles du métropolite Volodymyr, "pour éviter des provocations".

gk-via/neo/ml

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