POLITIQUE

Ciment McInnis: le ministre David Heurtel ignore toujours la quantité de GES qui serait émise

09/07/2014 12:40 EDT | Actualisé 08/09/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

QUÉBEC - Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, a déclaré mercredi qu'il ne dispose toujours d'aucune donnée concernant les émissions de gaz à effet de serre d'un projet de cimenterie en Gaspésie, alors qu'une étude à ce sujet a été produite à la demande de son ministère.

En se rendant au conseil des ministres, M. Heurtel a affirmé qu'aucune des études reçues par son ministère ne contient de chiffres au sujet de l'installation de Ciment McInnis qui doit être construite à Port-Daniel-Gascons.

«Dans les études, je n'ai pas vu ça», a-t-il dit aux journalistes.

Selon M. Heurtel, ces études ont été mises à jour récemment, sans pourtant contenir de chiffres sur les GES du projet de cimenterie, dont la production est estimée à 2,2 millions de tonnes de ciment par année.

«Au niveau des émissions de gaz à effet de serre, on revient encore à ce qu'on a dit, a-t-il dit. On n'a pas de chiffres précis encore parce que premièrement la cimenterie n'existe pas. Il n'y a que des prévisions, et j'ai les mêmes chiffres que vous, c'est des estimations.»

M. Heurtel a déclaré que les seules estimations du projet qu'il connaît sont celles qui ont circulé dans les médias.

«Vous m'en avez parlé, on en a parlé», a-t-il dit.

Au cours des dernières semaines, le ministre a été confronté aux estimations qui lui ont été soumises par des écologistes ainsi que l'opposition à l'Assemblée nationale, sans pouvoir répondre précisément.

M. Heurtel a affirmé mercredi que les évaluations des GES dont il dispose vont de 1,5 million à 2 millions de tonnes.

«Comme vous, j'ai entendu les même chiffres», a-t-il dit.

Un porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, s'est étonné de cette méconnaissance du dossier de la part de M. Heurtel, alors qu'une étude contenant des estimations a été fournie à la demande de son ministère en novembre 2013 par Ciment McInnis.

«La compagnie a déposé clairement son estimation des GES selon les scénarios de production qu'ils envisagent», a-t-il dit.

M. Bonin a pointé vers un document sur le projet intitulé «Mise à jour de l'étude de répercussions sur l'environnement», dont l'annexe F contient précisément cette information. Sous le titre, il est possible de lire qu'il s'agit du «document consolidé pour diffusion publique intégrant le rapport original et les analyses supplémentaires demandées par le MDDEFP» et que la date où cette étude a été complétée est novembre 2013.

Selon les données présentées à la page 141, sur la base d'un «scénario de production augmentée», les émissions pourraient s'élever à 2,01 millions de tonnes de GES pour 2,5 millions de tonnes de ciment produit.

M. Bonin s'est inquiété de la légèreté manifestée par M. Heurtel dans ce dossier, alors que des chiffres disponibles montrent que l'usine deviendrait la plus importante source de GES au Québec.

«Soit c'est de l'incompétence, soit le gouvernement ne veut pas officialiser l'ampleur des émissions de gaz à effet de serre qui viennent avec ce projet-là, qui le rendraient encore plus difficilement justifiable d'investir de l'argent là-dedans, a-t-il dit. Le ministre doit faire ses devoirs, les données sont disponibles.»

La semaine dernière, M. Heurtel a déclaré qu'il n'a pas le pouvoir de soumettre le projet de cimenterie en Gaspésie à une évaluation du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE).

M. Heurtel a affirmé qu'il est lié par une décision du précédent gouvernement péquiste qui a jugé recevables les études effectuées jusqu'ici par Ciment McInnis, dont le projet à Port-Daniel-Gascons a été amorcé avant des changements à la Loi sur la qualité de l'environnement en juin 1995.

Pour M. Bonin, le projet actuel, qui bénéficie d'un appui financier du gouvernement totalisant 450 millions $, n'est plus le même qu'à l'époque, notamment parce que sa capacité de production a doublé par rapport à la version initiale.

«Le choix du gouvernement d'évaluer correctement ce projet-là ou pas est un choix politique, a-t-il dit. Actuellement, on est en train de se mettre la tête dans le sable pour ce dossier qui aura un impact majeur en termes d'émissions de GES.»

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