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Mort d'un pasteur artisan de la chute du Mur de Berlin

30/06/2014 10:36 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

L'un des principaux initiateurs des manifestations ayant mené à la chute du régime communiste est-allemand, le pasteur de Leipzig Christian Führer, est mort lundi à quelques mois des commémorations du 25e anniversaire de l'ouverture du Mur de Berlin.

L'ancien pasteur de l'église Saint-Nicolas est mort à l'hôpital universitaire de Leipzig, à l'âge de 71 ans, des suites d'une grave maladie, a indiqué le porte-parole de cette Ville de Saxe.

Christian Führer, pasteur durant 28 ans dans ce temple du centre de Leipzig, est l'une des premières personnalités ayant joué un rôle clé dans la "Révolution pacifique" de l'automne 1989, à disparaître.

Le président allemand, Joachim Gauck, lui même ancien pasteur de RDA, a souligné que l'Allemagne perdait "l'une des personnalités les plus importantes de la 'Révolution pacifique', un chrétien courageux et un avocat engagé des gens vivants en marge de la société".

Il fut l'organisateur de "prières pour la paix" à partir de 1982, qui ont trouvé un écho particulier auprès des jeunes, chrétiens ou non, avec lesquels il avait le contact très facile. En 1989 ces veillées ont débouché sur des manifestations contre le régime est-allemand d'Erich Honecker, qui ont entraîné le départ des dirigeants communistes.

Ces "manifestations du lundi" ont atteint leur sommet le 9 octobre 1989 avec 70.000 personnes défilant pacifiquement à Leipzig. Un mois plus tard, s'ouvrait le Mur de Berlin.

"C'est l'unique révolution de l'Histoire de l'Allemagne, elle s'est déroulée sans violence, et elle est partie de l'Eglise", racontait-il à l'AFP avant les commémorations du 20e anniversaire de la chute du Mur, en 2009.

Les cheveux en brosse, de petite taille, le pasteur ne se séparait jamais de sa mallette couverte d'autocollants anti-OGM ou anti-nucléaire. Il portait toujours une veste en jean sans manches, assorti en hiver d'un blouson de cuir.

L'Eglise protestante a joué un rôle majeur dans la chute du régime communiste. L'actuel président allemand, Joachim Gauck, est lui-même un ancien pasteur opposant au régime est-allemand, et le père de la chancelière Angela Merkel était également pasteur en RDA.

A partir du 20 septembre 1982, tous les lundis, à 17H00, le pasteur organisait une "prière pour la paix" alors qu'en période de Guerre froide, l'Est et l'Ouest se livraient à une surenchère militaire. Durant plusieurs années, seule une poignée de jeunes --souvent moins de 10, selon le pasteur-- y participaient.

Puis le 25 septembre 1989, après un nouveau service de prière, plus de 7.000 personnes se sont retrouvées derrière le slogan phare de cette révolution: "Pas de violence". Le 9 octobre, ils étaient 70.000 à défier la terrible Stasi, la police secrète est-allemande, et la police.

"Je n'oublierai jamais de ma vie cette vision: Les gens tenaient une bougie dans leurs mains et protégeaient les flammes du vent", racontait-il dans un livre consacré à cette période. "Alors plusieurs milliers de personnes ont commencé à marcher et malgré la peur, ils avaient de l'espoir au coeur, grâce à la prière", selon lui.

Le flot des manifestants allait encore grossir de lundi en lundi sans la moindre répression. La contagion avait gagné la capitale de la RDA, Berlin-Est, avant d'aboutir à l'ouverture historique du Mur de Berlin, au soir du 9 novembre 1989, événement resté le symbole de la chute du bloc communiste.

Issu d'une famille de pasteurs, Christian Führer, né en 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait été ordonné pasteur en 1968. Il était marié et père de quatre enfants et a pris sa retraite en 2008.

Après la fin du régime communiste, il s'est surtout engagé en faveur des chômeurs, dénonçant le système économique et social de l'Allemagne. Il a également reçu plusieurs distinctions et récompenses.

En 2004, "les manifestations du lundi" autour de l'église Saint-Nicolas avaient repris avant de se propager dans toute l'Allemagne afin de protester contre de douloureuses réformes de l'Etat-Providence entreprises par l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, connues sous le nom de "Agenda 2010".

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