POLITIQUE

La cure de désintoxication a «changé ma vie» - Rob Ford

30/06/2014 05:07 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT
Ici Radio canada

« J'étais devenu mon pire ennemi », a déclaré le maire de Toronto, Rob Ford, lors de sa première prise de parole publique depuis sa sortie de cure de désintoxication.

Repentant, amaigri et ponctuant son discours de longues pauses, le maire a admis pour la première fois qu'il souffre de dépendance à l'alcool et aux drogues. 

Rob Ford se dit conscient qu'il devra gérer ses problèmes de dépendance jusqu'à la fin de ses jours, mais affirme qu'il continuera à être suivi par des professionnels pour traiter sa maladie. Sa décision de suivre une cure professionnelle aura changé sa vie à tout jamais et les professionnels de la clinique GreeneStone ont « sauvé [sa] vie », ajoute-t-il.

« Pendant longtemps, j'ai résisté à l'idée d'aller chercher de l'aide. Comme beaucoup de gens aux prises avec des problèmes de toxicomanie, j'étais en déni complet. Il est devenu évident que ma consommation d'alcool et de drogues avait un impact sérieux sur ma famille, sur ma santé et sur mon travail de maire. »

Il a également assuré avoir mis fin aux relations néfastes qu'il entretenait, sans donner de détail. « J'étais aveugle devant le danger que posaient les gens avec lesquels je me tenais. » Il a toutefois déclaré qu'il n'avait d'autre à blâmer que lui-même.

Le maire a présenté ses excuses à la population de Toronto et à tous ceux qui ont été blessés par ses paroles ou ses gestes, et plus précisément à la conseillère Karen Stintz, envers qui il a tenu des propos déplacés cet automne.  « Je ne pourrai changer les erreurs commises dans le passé », s'est-il désolé. 

Son discours a finalement pris une tournure politique. « Nous avons réduit la taille du gouvernement et le coût imposé aux contribuables. Nous avons fait économiser des centaines de milliers de dollars [...] » Il a également rappelé ses ententes « historiques » et « équitables » avec les syndicats. « Nous avons une ville belle, propre et sécuritaire », a-t-il conclu.

Il n'a répondu à aucune question.

Doug Ford, son frère et directeur de campagne, avait déjà affirmé auparavant que le maire était un homme nouveau depuis son traitement. « Son tour de taille est passé de 52 pouces à 44 », avait-il laissé savoir.

Rob Ford avait quitté la ville le 30 avril, après avoir reconnu avoir un « problème d'alcool » et fumé du crack. Il reprendra maintenant son poste et sa campagne à la réélection, en prévision du scrutin d'octobre prochain.

Tory persiste

Pour John Tory, l'un de ses rivaux dans la course à la mairie de Toronto, Rob Ford doit malgré tout démissionner. « Ce maire est incapable de retravailler avec les conseillers municipaux et les autres paliers de gouvernement », a-t-il déclaré dans un point de presse suivant celui de M. Ford.

Au-delà de sa vie personnelle, de nombreuses questions demeurent sans réponse, notamment concernant ses fréquentations, le fait qu'il ait menti au public et les conflits d'intérêts dans lesquels il serait impliqué, a-t-il souligné.

« Il a massivement humilié notre ville », a-t-il martelé.

Olivia Chow, son autre adversaire dans la course à la mairie, croit pour sa part qu'avec les élections qui approchent, c'est à la population de Toronto de sortir Rob Ford de l'hôtel de ville. « Il a accepté sa responsabilité, nous devrions accepter ses excuses », a-t-elle déclaré en point de presse. « Mais il ne s'est pas excusé pour ses remarques homophobes et racistes », a-t-elle soulevé.

Se disant soulagée de savoir qu'il est épaulé par des professionnels, Mme Chow considère que ce sont les politiques de Rob Ford qui posent problème, plutôt que ses enjeux personnels. « Sous sa gouverne, plus d'un jeune sur cinq ne peut pas se trouver un emploi, et ce chiffre a augmenté au cours des dernières années ».

Avant son retour, Olivia Chow avait diffusé une campagne de publicité négative à la radio pendant une semaine. Dans une nouvelle vidéo dévoilée ce matin, Mme Chow accuse le maire de « mentir » aux Torontois en prétendant qu'il leur a fait épargner 1 milliard de dollars.

Une absence appréciée

Le maire adjoint Norm Kelly, tout comme le conseiller municipal John Parker, affirme que l'Hôtel de Ville fonctionne mieux depuis que Rob Ford est parti.

Pour John Fillion, qui avait déposé une motion pour retirer à M. Ford ses pouvoirs l'hiver dernier, « son retour est un cirque et je ne veux pas y participer ». « Cela dit, je veux aussi lui souhaiter bon courage. Et lui demander de ne plus interférer avec un Hôtel de Ville qui fonctionne bien en son absence. »

La conseillère municipale Pam McConnell, que Rob Ford avait renversée par accident lors d'une réunion du conseil en novembre dernier, n'en revenait pas que le maire soit de retour si rapidement. « Je suis encore en physio pour guérir ma hanche depuis qu'il m'a bousculée et lui, en 60 jours, il a vaincu son problème de dépendance? », a-t-elle ironisé.

Liberté de presse bafouée?

Avant le début de la conférence de presse, le président de la tribune de la presse à l'hôtel de ville a dénoncé le fait que le maire Ford a limité les invitations à son point presse de cet après-midi aux grands médias de Toronto, dont CBC, mais pas Radio-Canada.

L'événement a eu lieu dans une petite salle, alors qu'une plus grande était disponible. Les journalistes ont exigé un changement d'endroit, mais sans succès.

Le président de la tribune dénonce le geste comme étant une tentative indue de contrôler la presse, une mesure antidémocratique, qui va à l'encontre de l'intérêt des Torontois.

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