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La création d'un «califat islamique» par l'EIIL condamnée par les groupes rivaux

30/06/2014 01:25 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

BAGDAD - La déclaration unilatérale de la création d'un califat islamique par un groupe militant dans le territoire qu'il contrôle en Syrie et en Irak menace de saper son alliance déjà fragile avec les autres sunnites qui l'ont aidé à s'emparer de la majorité du nord et de l'ouest de l'Irak.

L'un de ces alliés hésitants a menacé de résister si les militants tentent d'imposer leur interprétation stricte de la charia.

Des combattants de l'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) ont mené, au cours des dernières semaines, une offensive qui a plongé l'Irak dans sa pire crise depuis le départ des derniers soldats américains en 2011. L'avance spectaculairement rapide du groupe lui a permis de s'emparer d'un territoire allant du nord de la Syrie aux banlieues éloignées de Bagdad, dans le centre de l'Irak.

Dans un geste audacieux, dimanche, le groupe a annoncé la création de son propre État, ou «califat», gouverné par la loi islamique. Son chef, Abou Bakar al-Baghdadi, sur qui pèse une récompense de 10 millions $ US, a été nommé calife, en plus d'exiger que tous les musulmans lui prêtent allégeance. En combinant la force brute et une planification méticuleuse, le groupe extrémiste sunnite — qui a désormais pris le nom d'État islamique — a réussi à faire disparaître la frontière entre la Syrie et l'Irak, et jeter les bases de son proto-État. Du même coup, le groupe a combattu les rebelles syriens, les milices kurdes et les armées syrienne et irakienne.

Désormais, la déclaration du groupe risque de mettre à mal les alliances déjà informelles avec d'autres sunnites partageant l'objectif de faire tomber le gouvernement irakien à majorité chiite, sans toutefois espérer se dessiner un État avec les morceaux de deux pays. Parmi les alliés incertains de l'État islamique, on retrouve l'Armée des hommes de l'Ordre Nakshabandi, une organisation militante sunnite liée à l'ancien parti Baath de Saddam Hussein, désormais interdit. Un commandant de ce groupe a annoncé que celui-ci n'avait «aucune intention» de se joindre à l'État islamique, ou de travailler sous sa gouverne.

L'exemple le plus frappant des visées extrémistes de l'État islamique se trouve à Rakka, une ville de 500 000 habitants dans le nord de la Syrie, sur l'Euphrate. Après avoir expulsé les autres rebelles au printemps, les combattants ont interdit la musique, forcé les chrétiens à payer une taxe de protection islamique, et ont tué, sur la place publique, ceux qui violaient leur vision de l'islam, ont mentionné des militants.

«Les soldats d'al-Baghdadi vivent dans un monde fantaisiste. Ils ont des rêves de grandeur. Ils veulent établir un État mais ils n'ont pas les éléments pour ce faire», croit Abdel-Rahman al-Shami, un porte-parole de l'Armée de l'islam, groupe rebelle islamiste. «Vous ne pouvez créer un État par la voie du pillage, du sabotage et des bombardements.»

S'exprimant de Ghouta, près de Damas, la capitale syrienne, M. al-Shami a qualifié la déclaration de «guerre psychologique» qui, a-t-il prédit, montera les gens contre l'État islamique.

En Irak, un député sunnite, Hamid al-Mutlaq, croit que «ce projet a été bien planifié pour provoquer une rupture dans la société, le chaos et des dommages». Selon lui, «ce ne sera pas avantageux pour le peuple irakien, ça fera plutôt augmenter les différences et les ruptures».

Lundi, toujours, l'agence humanitaire des Nations unies a rapporté que le nombre de gens fuyant leur pour échapper à la crise en Irak continuait d'augmenter rapidement, et avait atteint 650 000 personnes, portant le nombre total de déplacés à plus de 1,2 million en Irak, a mentionné un porte-parole onusien, Stéphane Dujarric.

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