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Dette souveraine: l'Argentine atteint une limite, mais n'est pas dans le rouge

30/06/2014 04:43 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

BUENOS AIRES, Argentina - L'Argentine devait rater un important paiement sur ses dettes, lundi, un retard qui pourrait projeter le pays vers un défaut de paiement catastrophique.

L'Argentine doit rembourser des intérêts à la majorité de ses créanciers, mais le gouvernement de Buenos Aires dispose d'une période de grâce de 30 jours, après lundi, pour éviter de plonger irrémédiablement dans le rouge pour la deuxième fois en 13 ans. La Cour suprême américaine a récemment rejeté une tentative argentine de bloquer un jugement rendu en première instance exigeant que le pays rembourse des fonds spéculatifs qui possèdent des obligations découlant du défaut sans précédent de 100 milliards $ US en 2001.

Un juge fédéral a pressé l'Argentine, vendredi, de continuer de négocier avec les fonds ayant refusé de participer aux dévaluations de 2005 et de 2010. Le magistrat a également affirmé qu'il serait illégal, pour Buenos Aires, d'effectuer un paiement destiné à la majorité de ses créanciers sans également rembourser plus de 1,5 milliard $ US à ces fonds «vautours».

La présidente argentine, Cristina Fernandez, a longtemps refusé de négocier avec les plaignants américains, qui ont passé plus d'une décennie devant les tribunaux pour obtenir leur remboursement en entier, plutôt qu'accepter de relâcher un peu la pression sur le pays sud-américain. Mais Mme Fernandez a été acculée dans un coin par l'un de ces fonds spéculatifs.

Rembourser entièrement ces fonds déclencherait sans doute des poursuites de la part d'autres créanciers réclamant d'être payés en fonction de conditions similaires. Le gouvernement argentin estime que cela pourrait finir par lui coûter jusqu'à 15 milliards $ US.

Avec près de 29 milliards $ US en réserves de devises étrangères, l'Argentine semble avoir les moyens de payer ses factures. Mais ces réserves comprennent des prêts consentis à d'autres pays, des dépôts auprès du FMI et d'autres biens ne pouvant être récupérés facilement. Si on enlève tout cela, Buenos Aires dispose d'environ 16 milliards $ US.

Les pays éprouvant des problèmes financiers trouvent souvent des investisseurs acceptant de leur prêter de l'argent afin de rembourser d'autres créanciers. Le hic, c'est que l'Argentine est exclue des marchés obligataires depuis plus d'une décennie. Certains investisseurs seraient peut-être intéressés à prêter à Buenos Aires, mais à des taux d'intérêts élevés — et à un prix politique important pour le gouvernement de gauche.

Mme Fernandez et son mari, le défunt président Nestor Kirchner, ont utilisé la majeure partie des réserves de la Banque centrale pour rembourser la dette nationale, subventionner le secteur énergétique et financer des programmes sociaux, affaiblissant du même coup la capacité du gouvernement à contrôler l'un des plus importants taux d'inflation de la planète et à gérer les réserves financières.

«C'est une partie d'échecs juridique», estime Alberto Ramos, analyste pour l'Amérique Latine chez Goldman Sachs. «Si l'Argentine résout ce problème, ses inquiétudes à propos des réserves disparaissent. Ces inquiétudes proviennent du fait qu'il s'agit d'un dossier toujours en cour qui empêche d'accéder aux sources de financement normales et conventionnelles.»

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