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Un an après son adhésion, la Croatie, cancre de l'Union européenne

29/06/2014 10:30 EDT | Actualisé 29/08/2014 05:12 EDT

Il y a un an, la Croatie célébrait son adhésion à l'Union européenne, une démarche pleine d'espoirs pour cette nation de 4,2 millions d'habitants dont les dirigeants n'ont pas su profiter pour redresser une économie en récession et lancer les réformes économiques indispensables.

Petit pays balkanique dont l'économie repose sur le tourisme de la côte Adriatique, cette ex-république yougoslave indépendante depuis 1991 est entrée dans sa sixième année de récession.

Après la Grèce, c'est l'économie européenne qui a enregistré la plus importante chute du PIB depuis le début de la crise économique en 2009. Entre 2009 et 2013, le PIB croate a reculé en moyenne de 2,5% par an.

Mis à part ces difficultés économiques, des querelles au sein du Parti social-démocrate (SDP), qui dirige un gouvernement de coalition de centre gauche, ont largement contribué à un bilan amer qui fait que le 28e pays membre de l'UE fait figure de dernier de la classe.

Les comptes du gouvernement sont dans le rouge et Bruxelles n'a pas attendu longtemps après la fête de l'adhésion pour lancer des avertissements.

L'UE a ainsi ouvert en janvier une procédure de déficit excessif contre la Croatie, avec l'objectif de faire réduire le budget de son gouvernement en dessous de la barre des 3% du PIB d'ici à la fin 2016.

Le gouvernement espérait que l'effet de l'adhésion à l'Union, où les capitaux sont censés être plus en sécurité, serait suffisant pour attirer des investissements étrangers et redresser l'économie. Mais le terrain n'a pas été préparé.

"La Croatie doit travailler très dur pour améliorer la compétitivité et l'environnement des affaires si elle veut attirer des investissements étrangers", explique à l'AFP Timothy Ash, analyste des marchés émergents à la Standard Bank.

- Pas de progrès, beaucoup de bureaucratie -

Des économistes mettent en garde notamment contre des changements fréquents de la législation concernant les affaires et dénoncent les taxes pléthoriques, assorties d'une faible protection des investisseurs et d'un rigide code du travail.

En matière de climat favorable aux affaires, la Croatie occupe parmi les pays européens l'avant-dernière position sur une liste de la Banque mondiale, juste devant la Grèce.

"Avec l'adhésion à l'UE je m'attendais à moins de bureaucratie. Mais il n'y a eu aucun progrès", déplore Bozidar Toncic.

Ce Zagrébois de 38 ans avait l'ambition de lancer une petite entreprise de menuiserie, mais il dit avoir été découragé par des procédures qui restent trop compliquées et pense y renoncer.

Certains analystes estiment que le moment de l'adhésion croate n'a pas eu l'effet positif escompté à cause d'un désengagement des banques en pleine crise économique. Selon eux, le contexte de l'élargissement en 2004 de 10 pays, suivi par la Roumanie et la Bulgarie trois ans plus tard, a été "très différent".

"Il régnait à cette époque un optimisme quant à l'élargissement à l'est européen, qui avait encouragé des investissements dans ces pays", note l'analyste économique Damir Novotny.

"Il y a dix ans, les banques étrangères déployaient les capitaux dans la région. Maintenant, elles sont en retrait, et les moteurs de croissance tournent au ralenti", explique pour sa part Timothy Ash.

Outre les difficultés économiques, la Croatie est secouée par une crise au sein du parti au pouvoir (SDP) qui a récemment donné lieu au licenciement du ministre des Finances, Slavko Linic, dont le rôle a été crucial dans la mise en place des réformes financières et économiques, à la suite d'un différend avec le Premier ministre Zoran Milanovic.

"En ces temps difficiles, les dirigeants ne se préoccupent pas du pays mais de leurs querelles intestines, ce qui a davantage aggravé la crise en Croatie", a fait valoir l'analyste politique Berto Salaj.

Et, à 18 mois des prochaines élections législatives, le lancement de réformes tant nécessaires qu'impopulaires paraît peu probable.

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