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Turquie: Ekmeleddin Ihsanoglu, improbable espoir de l'opposition face à Erdogan

29/06/2014 08:29 EDT | Actualisé 29/08/2014 05:12 EDT

Aussi inattendu qu'inconnu, Ekmeleddin Ihsanoglu incarne les derniers espoirs de l'opposition turque. A 70 ans, cet intellectuel de l'islam s'est vu attribuer une mission improbable, barrer la route de la présidence à l'homme fort du pays Recep Tayyip Erdogan.

Lorsqu'il est sorti de leur chapeau, le nom du candidat des deux principaux partis opposés au Premier ministre au scrutin des 10 et 24 août a suscité une bonne dose d'incrédulité.

Choisir un musulman ouvertement pratiquant pour défendre la laïcité face à la "dérive islamiste" de M. Erdogan a de quoi surprendre. Confier à un diplomate falot le soin de porter la contradiction à une "bête" politique et charismatique encore plus.

Mais dans le climat politique tendu et délétère qui règne depuis des mois en Turquie, les chefs du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et du Parti de l'action nationaliste (MHP) sont persuadés de tenir avec M. Ihsanoglu l'homme de la situation.

Face à un chef du gouvernement vociférant et partisan, l'ancien chef de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) veut prêcher la modération et la concorde.

"Nous ne souhaitons pas une Turquie divisée et sous tension, mais une Turquie pacifiée", a lui-même plaidé M. Ihsanoglu. "C'est un homme sage, qui saura rassembler tous les pans de notre société", a assuré le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.

La presse opposée au régime islamo-conservateur qui règne sans partage depuis 2002 sur le pays s'est elle aussi réjouie de cette stratégie de la "contre-programmation". "C'est une décision tactique intelligente", a salué Murat Yetkin, éditorialiste au quotidien de langue anglaise Hürriyet Daily News.

La candidature d'Ekmeleddin Ihsanoglu est pourtant loin de faire l'unanimité. La frange la plus laïque de l'opposition s'est même indignée d'être représentée par cet homme au visage doux, barré de fines lunettes et d'une moustache blanche.

- Islam apaisé -

Ces critiques ont notamment pointé du doigt le parcours de son père Ihsan Efendi, issu d'une famille pieuse de Yozgat, en Anatolie centrale, qui a quitté la Turquie en 1924, en pleine laïcisation kémaliste, pour aller étudier puis enseigner l'islam à l'université du Caire, en Egypte, où son fils est né en 1943.

Pour éteindre la polémique, M. Ihsanoglu a consacré ses premières sorties à répéter sa foi en la nécessité de "séparer la religion de la politique".

"Aujourd'hui, la raison principale des problèmes du monde musulman vient de l'association entre religion et affaires de l'Etat", a-t-il ainsi jugé cette semaine en insistant sur son parcours modéré et oecuménique, à l'opposé de celui de M. Erdogan.

Après son doctorat en sciences décroché en 1974 à Ankara, le professeur Ihsanoglu a fondé le premier département d'histoire des sciences à l'université d'Istanbul. Auteur de nombreux ouvrages, il y enseigne de longues années, ainsi que dans d'autres université européennes comme Munich (Allemagne) ou Exeter (Grande-Bretagne).

Ce n'est qu'en 2004 qu'il s'est fait connaître du grand public, en devenant secrétaire général de l'OCI grâce au soutien appuyé du gouvernement de M. Erdogan. Pendant neuf ans, il a imposé son sens de la diplomatie, notamment pour prêcher le dialogue entre l'islam et le monde chrétien.

M. Ihsanoglu y a aussi fait l'expérience de son premier affrontement avec M. Erdogan. En 2013, le Premier ministre turc a dénoncé la "passivité" de son organisation après la destitution par l'armée de son allié régional, le président égyptien Mohammed Morsi.

La polémique en restera là mais, à l'aube de la campagne présidentielle, de nombreux analystes ne donnent pas cher de la peau d'un candidat de l'opposition qui a lui même concédé l'an dernier dans la presse qu'il ferait un "piètre politicien".

"Choisir un candidat qui se dit de la même identité qu'Erdogan aura pour effet de faire élire le Premier ministre dès le premier tour", a même pronostiqué le président de l'institut de recherches privée Konda, Tarhan Erdem.

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