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Semaine de tous les dangers pour les festivals en France

29/06/2014 12:45 EDT | Actualisé 28/08/2014 05:12 EDT

Les festivals d'Aix (opéra) et d'Avignon (théâtre), qui s'ouvrent cette semaine dans le sud de la France, risquent d'être fortement perturbés par un conflit social des professionnels du spectacle, même si leur division éloigne le spectre d'une annulation pure et simple.

Temps forts de la saison culturelle, Aix-en-Provence, premier festival d'art lyrique de France, doit ouvrir mercredi avec "La Flûte enchantée", suivi par Avignon vendredi avec "Le Prince de Hombourg".

Jouant sur le poids symbolique du plus emblématique des festivals de l'été, le syndicat CGT-Spectacle, fer de lance du combat contre un texte durcissant les conditions d'indemnisation-chômage des professionnels du spectacle, a déposé un préavis d'arrêt de travail pour tout juillet. Il a appelé à une "grève massive" le 4, pour l'ouverture des festivités en Avignon.

Mais sur le terrain, des dissensions de plus en plus fortes sont apparues ces derniers temps entre des intermittents du spectacle, pris entre deux feux : la volonté de maintenir la pression sur le gouvernement d'une part et la peur de mettre en péril une période essentielle pour leur secteur d'autre part.

En Avignon, les assemblées générales se multiplient, sans que le personnel se soit encore prononcé sur la forme à donner à la mobilisation.

Un vote devrait finalement intervenir lundi et être rendu public le lendemain.

"Le festival d'Avignon n'aura pas lieu tranquillement. Il aura lieu selon des formes qui seront décidées par les gens qui y travaillent", a averti dimanche Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT-Spectacle.

A Avignon comme ailleurs, "ce n'est pas un choix binaire entre tout bloquer et ne rien faire. Ce qui va se passer tout l'été c'est qu'il y aura des mobilisations sur toutes leurs formes", a-t-il dit.

Ainsi à Aix, les salariés ont voté à près de 80% contre la grève. Mais "ce scrutin (qui) traduit notre souhait d'assurer le bon déroulement de cette édition 2014, n'exclut pas l'éventualité d'une grève sur certaines représentations", ont-il averti vendredi.

Les directeurs des deux festivals sont déterminés à ne pas prononcer l'annulation des éditions, comme cela avait été le cas en 2003 lors du précédent mouvement d'ampleur des intermittents.

- La justice pourrait bouleverser la donne -

Mais nul ne sait pour le moment combien de spectacles auront lieu et dans quelles conditions.

"On est face à deux risques, un risque de l'intérieur (du festival), si un petit groupe de 10 à 15 personnes fait la grève, ce qui suffit à mettre un spectacle en difficulté" et "l'irruption de groupes extérieurs" perturbant ou empêchant les spectacles, explique à l'AFP le directeur du festival d'Aix, Bernard Foccroulle.

Ce scénario a déjà été à l'oeuvre lors de plusieurs festivals de moindre ampleur depuis début juin, qui ont été entrecoupés de blocages et d'annulations ponctuelles.

Dans un tel contexte, la plupart des directeurs de festivals négocient avec les intermittents pour tenter d'afficher leur solidarité tout en limitant au maximum les répercussions sur les spectacles : grandes banderoles, mise en avant du travail des intermittents, prises de parole...

A l'ouverture du festival du film de La Rochelle vendredi soir, une trentaine d'intermittents, vêtus de noir, sont montés sur scène avant les projections, pour expliquer leur position.

L'enjeu est d'importance. "L'annulation de manifestations, ou leur grave perturbation, met en péril nombre de festivals ainsi que toute l'économie d'un secteur déjà fragilisé", a prévenu la fédération France Festivals, disant sa "vive inquiétude".

La nouvelle convention d'assurance-chômage, au centre de la contestation, doit entrer en vigueur mardi.

Tout en donnant son agrément au texte, le gouvernement a ouvert une concertation sur le dossier, en prenant en compte certaines des revendications des intermittents.

La mission a entamé ses travaux cette semaine, contribuant à lever un peu la tension. Elle doit rendre ses conclusions avant la fin de l'année.

D'ici là, la justice pourrait bouleverser la donne. Elle doit se prononcer mardi sur la validité de l'accord sur l'assurance-chômage, dont la CGT a demandé la "nullité" en accusant les signataires (patronat et d'autres syndicats) d'en avoir négocié certaines clauses en son absence.

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