NOUVELLES

USA: déçus par le Congrès, les sans-papiers comptent sur Obama

28/06/2014 01:51 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

Les 11 millions de sans-papiers installés aux Etats-Unis croyaient encore à leur régularisation, il y a un an. Mais la réforme de l'immigration est moribonde et leurs seuls espoirs reposent désormais sur une pause des expulsions.

L'afflux récent de mineurs sans-papiers non accompagnés en provenance d'Amérique centrale à la frontière avec le Mexique a enflammé encore un peu plus le débat. Les adversaires républicains du président Barack Obama y voient la preuve du laxisme du démocrate pour rendre les frontières étanches, ce qui a créé selon eux un appel d'air.

Les sans-papiers et leurs alliés au Congrès avaient fêté l'adoption en juin 2013 au Sénat d'une réforme des lois sur l'immigration, la première d'ampleur depuis 1986. Une régularisation sous conditions, une quasi-militarisation de la frontière et une hausse des quotas de visas pour les travailleurs qualifiés en constituaient les grands chapitres.

Mais les républicains qui contrôlent l'autre aile du Congrès, la Chambre des représentants, après d'interminables atermoiements, ont rangé le projet dans un tiroir, de peur de froisser leur électorat à l'approche des législatives de novembre en régularisant des millions de clandestins, en majorité mexicains.

Il ne leur reste que jusqu'aux vacances d'août pour débloquer le dossier, ont prévenu cette semaine les démocrates, faute de quoi la Maison Blanche agira de son propre chef.

"Nous ne bluffons pas avec cet ultimatum", a prévenu jeudi le sénateur démocrate Robert Menendez, l'un des artisans de la réforme.

Traduction: Barack Obama pourrait suspendre par voie réglementaire les expulsions de sans-papiers qui répondraient à certains critères. Il l'avait déjà fait en 2012, juste avant la présidentielle, en accordant des permis de séjour de deux ans aux jeunes arrivés avant leur 16e anniversaire aux Etats-Unis, dans le cadre du programme connu sous son acronyme "Daca", renouvelé cette année pour deux ans.

Les parents d'enfants américains, ou ceux d'enfants bénéficiaires de Daca, pourraient par exemple obtenir dès cet été une régularisation temporaire, spécule Marc Rosenblum, du Migration Policy Institute à Washington.

- Obama: "n'envoyez pas vos enfants" -

Mais la situation à la frontière "renforce la perception de certains que la frontière échappe à notre contrôle", dit Marc Rosenblum à l'AFP, ce qui n'était pas le cas jusqu'en 2011, quand le nombre de clandestins arrêtés était tombé à un niveau historiquement bas.

Plus de 52.000 enfants de moins de 17 ans, non accompagnés, ont été interpellés à la frontière depuis octobre, soit deux fois plus que la même période l'année précédente. Au total cette année, plus de 90.000 enfants pourraient être interpellés, 15 fois plus qu'en 2011, selon une note officielle citée par un représentant républicain.

Les trois quarts viennent du Honduras, Guatemala et Salvador, et ils passent majoritairement par la vallée du Rio Grande, la frontière naturelle entre Texas et Mexique.

Beaucoup disent être venus profiter d'une "nouvelle" loi qui leur donnerait des "permisos", des permis de séjour pour mineurs -- une rumeur encouragée, selon les républicains, par le message pro-immigration de Barack Obama.

"Apparemment, on se passe le mot qu'une fois appréhendé par les agents à la frontière, grâce au laxisme de cette administration, on ne sera jamais expulsé", a accusé le représentant républicain Bob Goodlatte.

Pressé même par ses alliés d'envoyer un message de fermeté, Barack Obama s'est adressé aux parents d'Amérique centrale jeudi dans une interview.

"Notre message est sans équivoque: n'envoyez pas vos enfants seuls, sur des trains ou par des passeurs", a-t-il dit sur la chaîne américaine ABC. "S'ils réussissent à arriver ici, ils seront renvoyés. Mais surtout, ils risquent de ne pas arriver".

Les démocrates tentent de distinguer cette crise de réfugiés de l'urgence d'une réforme migratoire, qui ne régulariserait que certaines personnes arrivées avant 2011. Et ils soulignent que leur plan prévoyait la construction de centaines de kilomètres de nouvelles barrières frontalières, ainsi que le doublement du nombre de policiers.

Pour eux, le temps presse. En novembre, les Américains éliront un nouveau Congrès. Si les républicains conquerraient le Sénat, les associations craignent que les régularisations massives ne fassent pas partie de leurs priorités.

ico/lb/jh

PLUS:hp