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Les Serbes boycottent les cérémonies officielles du centenaire de la Grande guerre

28/06/2014 12:08 EDT | Actualisé 28/08/2014 05:12 EDT

Les Serbes ont boudé samedi les cérémonies officielles commémorant l'attentat de Sarajevo qui a fait basculer l'Europe il y a cent ans dans la Grande guerre, et ont célébré comme un héros Gavrilo Princip, un Serbe de Bosnie qui a assassiné l'archiduc héritier François-Ferdinand.

Les dirigeants serbes bosniens et de Serbie lui ont rendu hommage à Visegrad, ville en Bosnie orientale qui abrite le célèbre pont construit par les Ottomans sur la rivière Drina décrit dans le roman "Le pont sur la Drina" du Yougoslave Ivo Andric, prix Nobel de littérature.

"Nous n'allons pas parler aujourd'hui de ceux qui s'efforcent d'empoisonner notre histoire ou de nous forcer à l'oublier", a déclaré le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic devant des centaines de personnes présentes à Andricgrad, la cité néo-médiévale que le cinéaste serbe Emir Kusturica, maître des cérémonies pour l'occasion, a fait édifier au coeur de Visegrad et baptisée du nom d'Ivo Andric.

"Les tirs de Gavrilo Princip il y a cent ans n'ont pas été des tirs contre l'Europe mais des tirs pour la liberté", a déclaré, pour sa part, Milorad Dodik, le président de l'entité serbe de Bosnie.

Auparavant, MM. Dodik et Vucic ont inauguré une mosaïque représentant en taille réelle les participants, Gavrilo Princip en tête, à l'attentat de Sarajevo et frappée de l'inscription : "Nos âmes vont errer dans vos châteaux et vous hanter".

Dès l'annonce, il y a plus de deux ans, des commémorations européennes à Sarajevo, une ville aujourd'hui majoritairement musulmane, les Serbes avaient refusé de s'associer à ces cérémonies, dénonçant une approche "révisionniste" de l'histoire qualifiant Princip de "terroriste".

- Falsification de l'Histoire -

Car si à l'époque de la Yougoslavie communiste, Gavrilo Princip était unanimement considéré comme un héros et un révolutionnaire, la guerre de 1992-95 dans laquelle se sont affrontées les trois principales communautés de Bosnie - musulmane, serbe et croate -, a modifié cette perception.

Ainsi, associant les Serbes aux agresseurs, les historiens musulmans bosniens ne voient en Gavrilo Princip qu'un "terroriste" dont l'acte commis au nom du "nationalisme serbe" a entraîné une tragédie mondiale.

Si à l'époque de la Yougoslavie, une rue et un pont portaient le nom de Gavrilo Princip, Sarajevo a aujourd'hui choisi d'effacer toute trace du jeune nationaliste serbe. Son souvenir est associé aux forces serbes ayant assiégé la capitale bosnienne tout au long de la guerre intercommunautaire qui a fait près de 100.000 morts.

"Au sein de l'armée (serbe de Bosnie) qui bombardait Sarajevo, on vouait un culte à Gavrilo Princip", explique l'historien bosnien musulman Husnija Kamberovic.

Dans la capitale bosnienne, le centenaire sera marqué par un concert dans la soirée de l'orchestre philharmonique de Vienne, alors capitale de l'empire austro-hongrois, que Gavrilo Princip avait frappé en assassinant François-Ferdinand et son épouse Sophie.

Ce sera le point d'orgue d'une série de manifestations culturelles et sportives financées par l'Union européenne, mais dont les dirigeants seront les grands absents.

Le philosophe français Bernard-Henri Lévy, présent à Sarajevo, a mis en circulation samedi une pétition appelant à l'adhésion de la Bosnie à l'Union européenne.

"Faire revenir la Bosnie à l'intérieur de l'Europe, c'est notre dette morale, à nous Européens anciens", a déclaré l'écrivain, au lendemain de la première représentation dans la capitale d'une pièce de théâtre qu'il a écrite, "Hôtel Europe", mise en scène par le réalisateur bosnien Dino Mustafic, coauteur de la pétition.

Bernard-Henri Lévy, a été un des plus fervents défenseurs européens de la cause bosnienne dans les années 1990.

Il y a 100 ans, cinq semaines après l'attentat, entraînées par leurs rivalités, leurs peurs, leurs alliances et l'aveuglement de leurs dirigeants, les grandes puissances européennes sont entrées en guerre.

Ce conflit laissera l'Europe exsangue : 10 millions de morts et 20 millions de blessés parmi les combattants, et des millions de civils tués.

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