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La Bosnie souligne de centenaire de l'assassinat de François-Ferdinand

28/06/2014 05:41 EDT | Actualisé 28/08/2014 05:12 EDT

SARAJEVO, Bosnie-Herzégovine - Des artistes et des diplomates ont inauguré un nouveau siècle de paix et d'unité en Europe, samedi, dans la ville où les premiers coups de feu de la Première Guerre mondiale ont été tirés il y a exactement 100 ans.

Le 28 juin 1914, l'héritier de l'empire austro-hongrois, l'archiduc François-Ferdinand, était assassiné à Sarajevo, où il s'était rendu pour inspecter les troupes d'occupation dans cette province orientale de l'empire.

Les tirs du jeune Serbe Gavrilo Princip ont déclenché le premier conflit mondial, qui a été suivi, quelques décennies plus tard, par la Seconde Guerre mondiale. Ensemble, ces conflits ont fait quelque 80 millions de morts en Europe, mettant fin à quatre empires — dont l'Autriche-Hongrie — et transformant le monde à jamais.

Cent ans après le célèbre assassinat, des habitants de Sarajevo se sont réunis samedi dans la même rue, le long de la rivière, là où Princip a fait feu. Et les Autrichiens étaient eux aussi de retour, mais cette fois avec de la musique plutôt que des armes: l'Orchestre philharmonique de Vienne devait jouer des oeuvres de compositeurs européens reflétant les événements catastrophiques du siècle dernier, avant de conclure sur un symbole d'unité européenne — l'hymne national de l'Europe, l'«Hymne à la joie» de Beethoven.

L'orchestre voulait rendre hommage à l'histoire de Sarajevo, un endroit où se rencontrent les religions, a indiqué le premier violon Clemens Hellberg.

Selon le président autrichien Heinz Fischer, les Européens «ont appris qu'aucun problème ne peut être résolu par la guerre».

Le siècle violent du continent a débuté à Sarajevo, avant de prendre fin dans cette même ville lors de la guerre de 1992-1995 qui a coûté la vie à 100 000 Bosniens. «Si quoi que ce soit de bon peut être dégagé de ce Mal qui s'est répété, c'est davantage de sagesse et de disposition à bâtir la paix et à parvenir à celle-ci après un siècle de guerres», a déclaré le président de la Bosnie-Herzégovine, Bakir Izetbegovic.

Les nombreux concerts, discours, lectures en public et expositions, samedi, se concentrait surtout sur la création d'une paix durable et la promotion de l'unité dans un pays toujours aux prises avec des divisions ressemblant à celles de 1914. La cassure s'est manifestée sous la forme de Serbes célébrant le centenaire de leur côté dans la section de la Bosnie sous leur contrôle, où des acteurs ont rejoué l'assassinat. Dans la ville de Visegrad, à la frontière avec la Serbie, un acteur jouant Gravilo Princip, descendant des cieux sur les ailes d'un ange, a levé son pistolet pour tuer de nouveau François-Ferdinand lors d'un événement spectaculaire prévu pour l'occasion.

Pour les Serbes, Princip était un héros qui voyait la Bosnie comme une partie intégrante du territoire serbe au moment où le pays était plutôt intégré à l'empire austro-hongrois. Ses tirs étaient une chance d'inclure la Bosnie au sein du royaume serbe voisin — la même idée qui a inspiré les Serbes, en 1992, à combattre la décision, par les Bosniens musulmans et les Croates catholiques, de déclarer l'ancienne république de Bosnie indépendante lorsque la Yougoslavie à majorité serbe s'est disloquée. De nos jours, les Serbes espèrent toujours reprendre la partie de la Bosnie qu'ils contrôlent. La Serbie elle-même jongle avec les deux idées — l'opposition de l'Union européenne face à l'unification avec les Serbes bosniens et sa propre candidature pour entrer dans l'Europe.

Plusieurs dignitaires serbes importants, dont le prince héritier, le premier ministre Aleksandar Vucic, le président Tomislav Nikolic et le dirigeant de l'Église orthodoxe serbe, ont assisté à la cérémonie de Visegrad, où flottaient des drapeaux serbes et où a résonné l'hymne national serbe, même si la ville est en Bosnie-Herzégovine.

M. Vucic, un ancien nationaliste de la ligne dure devenu un réformateur pro-Europe, a précédemment indiqué qu'il avait envisagé de se rendre à Sarajevo pour le centenaire, mais a laissé tomber après avoir réalisé qu'il devrait se tenir devant une plaque commémorative présentant les Serbes comme des criminels.

De fait, une plaque installée à l'entrée de la toute nouvelle Bibliothèque nationale de Sarajevo, où avait lieu le concert, mentionne que des «criminels serbes» ont incendié le bâtiment en 1992, brûlant les deux millions de livres, magazines et manuscrits qui s'y trouvaient.

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