NOUVELLES

La Bosnie commémore dans la division l'attentat de Sarajevo

28/06/2014 02:59 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

La Bosnie commémorait samedi dans la division l'attentat de Sarajevo qui a fait basculer l'Europe il y a 100 ans dans la Première guerre mondiale, Serbes et musulmans ayant des perceptions différentes de l'auteur de l'assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand, le Serbe de Bosnie Gavrilo Princip.

A Sarajevo, le centenaire sera marqué par un concert dans la soirée de l'orchestre philharmonique de Vienne, alors capitale de l'empire austro-hongrois, que le jeune nationaliste Gavrilo Princip avait frappé en assassinant François-Ferdinand et son épouse Sophie.

Ce sera le point d'orgue d'une série de manifestations culturelles et sportives financées par l'Union européenne, mais dont les dirigeants seront les grands absents.

Les dirigeants serbes de Bosnie et de Serbie se retrouvent à Visegrad, en Bosnie orientale, où ils rendent hommage à Gavrilo Princip qu'ils considèrent comme un "héros".

Dès l'annonce, il y a plus de deux ans, des commémorations européennes à Sarajevo, une ville majoritairement musulmane, les Serbes avaient refusé de s'associer à ces cérémonies, dénonçant une approche "révisionniste" de l'histoire qui qualifie Princip de "terroriste" et fait, selon eux, porter indûment sur les Serbes la responsabilité de la guerre.

- Des centaines de personnes dans la cité de Kusturica -

Samedi matin, des centaines de personnes convergeaient vers Andricgrad, la cité néo-médiévale que le cinéaste serbe Emir Kusturica, maître des cérémonies pour l'occasion, a fait édifier au coeur de Visegrad, au cours des trois dernières années et qui a été baptisée du nom du Nobel de littérature, le Yougoslave Ivo Andric.

"Nous sommes venus rendre hommage à une figure capitale de l'histoire du siècle dernier Gavrilo Princip. Les divisions sont regrettables, mais il est tout aussi regrettable de tenter de modifier les faits, surtout si cela est motivé par l'histoire récente", a dit Ljubisa Simonovic, 58 ans, venu de Serbie assister aux festivités parrainées par le président de l'entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik.

La "rue" principale d'Andricgrad baptisée Mlada Bosna (Jeune Bosnie) du nom de l'organisation qui a fomenté l'attentat contre François-Ferdinand est une cité regroupant des bâtiments en pierres de styles différents reflétant l'esprit des Balkans.

Elle est dominée par une grande mosaïque représentant en taille réelle les participants, Gavrilo Princip en tête, à l'attentat de Sarajevo et frappée de l'inscription : "Nos âmes vont errer dans vos châteaux et vous hanter".

- Falsification de l'Histoire -

"Ma motivation personnelle (pour organiser ces cérémonies) est de s'opposer à des tentatives venant d'Europe occidentale qui, en falsifiant l'histoire, veulent présenter le meurtre d'un tyran comme un acte terroriste", avait déclaré Kusturica récemment.

Joseph Zimet, directeur de la Mission du centenaire française chargée des commémorations, regrette l'absence des dirigeants serbes à Sarajevo.

"Le projet qui se déroule à Sarajevo n'est pas une mise en cause ni de la Serbie, ni de la Republika Srpska. Ce n'est pas non plus un référendum sur Gavrilo Princip", a-t-il assuré.

A Sarajevo, où le souvenir de Gavrilo Princip est associé aux forces serbes ayant assiégé la capitale bosnienne pendant la guerre intercommunautaire, qui a fait près de 100.000 morts entre 1992 et 1995, les gens sont surtout indifférents à l'égard des cérémonies.

"Un événement qui s'est produit il y a un siècle ne provoque en moi aucune émotion. Les disputes insensées pour dire qu'il s'agit d'un terroriste ou d'un héros me dégoutent. Pourvu que ça passe", déclare Nermina Pobric, 36 ans, femme au foyer.

Pour Mme Gospa Petrovic, 68 ans, de Sarajevo-Est, la partie serbe de Sarajevo, "Gavrilo Princip est un héros du peuple serbe". "Tant que nous existons, on se souviendra de celui qui a donné sa vie pour son peuple. Il n'y a pas de martyr plus grand que lui".

Il y a 100 ans, cinq semaines après l'attentat, entraînées par leurs rivalités, leurs peurs, leurs alliances et l'aveuglement de leurs dirigeants, les grandes puissances européennes sont entrées en guerre.

Ce conflit laissera l'Europe exsangue: 10 millions de morts et 20 millions de blessés parmi les combattants, et des millions de civils tués.

rus-mat/cn/jh

PLUS:hp