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Festival de Jazz: La soul de Trixie Whitley (PHOTOS)

28/06/2014 02:11 EDT | Actualisé 28/06/2014 02:11 EDT
David Kirouac

MONTRÉAL - Nous avons pour la plupart découvert la chanteuse américaine Trixie Whitley quand elle a collaboré avec Daniel Lanois sur l’album Black Dub, assemblage de musique dub-soul-folk-rock. Malgré son très jeune âge, la fille du décédé bluesman Chris Withley avait surpris par sa magnifique voix. L’occasion était belle de constater, vendredi soir, tout le talent de cette auteure-compositeure-interprète de 27 ans alors qu’elle présentait au Club Soda les morceaux de son premier long jeu (2013) Fourth Corner.

C’est avec les mots «univers blues-soul incandescent» et «voix magnétique» que le Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) décrit entre autres le travail de Whitley. Elle est déjà venue quatre fois dans la métropole québécoise en trois ans. Aucun doute, le public montréalais apprécie l’artiste.

On a d’ailleurs pu la revoir tout récemment lors du spectacle de Lanois offert la veille à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans lequel elle a chanté quelques morceaux issus du dit disque Black Dub, en plus d’accompagner au chant Emmylou Harris sur quelques morceaux. Sans oublier ses performances à la (seconde) batterie, en soutien au splendide batteur Brian Blade.

Sang chaud

Whitley apparaît sur les planches habillée d’une élégante robe noire. Les cheveux stylisés sont léchés sur sa tête. Elle est belle et a de la classe. Au centre de la scène, elle envoie sans flafla quelques accords assez lourds avec sa guitare électrique. Comme seul compagnon, son guitariste. On entend A Thousand Thieves, pièce issue de son EP Strong Blood. La chanteuse donne le ton, qui est à la mixité des genres soul, rock et blues.

L’arrivée du batteur et du bassiste vient naturellement ajouter du corps à la proposition. La formule basse-batterie-guitares et clavier (au choix de Whitley selon les morceaux), est assez conventionnelle. Mais l’effet est moins habituel quand les musiciens s’affairent à incarner l’univers hybride de l’Américaine, qui fait tantôt penser au travail de Daniel Lanois, tantôt à de l’indie-rock psychédélique. À la chanson-titre Fourth Corner, qu’elle a composée lors d’un voyage au Maroc, elle ajoute même une touche world music.

D’ailleurs, les premières notes de guitares et de batterie font penser aux couleurs de l’Afrique du Nord. Mais tout est finement intégré, si bien que c’est assez subtil. Quant à la voix, toujours très puissante, elle est fortement teintée de soul, encore une fois.

De pièce en pièce, une impression se précise: cette voix si prenante, outil de prédilection de cette artiste aux multiples talents (elle joue notamment de la guitare et du clavier), est un brin surexploitée. C’est-à-dire que les performances vocales, à la base impressionnantes, deviennent quelque peu envahissantes à certains moments. Trop de prouesses au détriment d’une émotion bien sentie. Bref, son si grand registre aurait tout à gagner à être utilisé de manière plus nuancée.

Mentionnons à cet égard son interprétation de la chanson rock Gradual Return, sur laquelle, elle pousse trop sa voix.

Surtout qu’à New Frontiers, les arrangements plus soyeux (avec les longs trémolos de guitare électrique), on remarque toute la richesse du chant de Whitley.

Soudain, un savoureux moment charme les spectateurs: seule sur la scène, Trixie Whitley entame la douce Oh, The Joy. Après quelques phrases, elle hésite, cafouille puis finalement s’arrête. Tentant d’expliquer cette maladresse, elle évoque la fatigue et une sorte de perte de mémoire. La fébrilité, peut-être... Après quelques instants, voilà, c’est dit, la jeune femme est enceinte.

Réalisant l’importance de la confidence, elle s’esclaffe de rire en confiant que pratiquement personne n’est au courant qu’elle sera maman excepté quelques amis et ses trois musiciens. «Je n’ai même pas prévenu encore les membres de ma famille!» Le tout est farfelu mais sympathique, voire touchant. Jamais nous avons entendu la suite de Oh, The Joy

Boum! Gros noise de guitares pour l’excellente Need Your Love, livrée dans une sorte d’indie-rock efficace. Même approche pour la pesante Hotel No Name, poussée par une batterie nerveuse. Intense.

En fin de concert, la plus posée Breathe You In My Dreams (solo clavier), fort contrastée avec les morceaux précédents, vient rappeler à quel point il est agréable d’entendre la voix de Trixie Whitley qui, même sur des arrangements moins furieux, peut pénétrer votre corps à cent décibels…

Étonnante.

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