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Le trail en pleine crise de croissance

27/06/2014 07:32 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

Le trail traverse une crise de croissance, cristallisée par les interrogations et parfois l'opposition nées de la création de l'International Trail Running Association (ITRA), prémices d'une instance dirigeante de la discipline au niveau international.

De pratique de passionnés, le trail est devenu en quelques années un sport de masse. Organisateurs, pratiquants et observateurs font face à des exigences croissantes, en termes de sécurité par exemple.

Depuis 2012 et les premières Assises internationales du trail à Courmayeur (Italie), la discipline a vu la naissance de l'International Trail Running Association (ITRA) en juillet 2013.

Depuis, le monde du trail est en ébullition, car s'opposent deux visions du développement de ce sport, entre ceux qui tentent de l'organiser et ceux qui mettent en question autant d'ingérence, sur le thème: le trail c'est la liberté, pourquoi tout régenter dans les moindres détails?

La semaine dernière, les différents intervenants ont donc pris le chemin de la ville et d'un restaurant parisien pour apaiser les tensions.

Autour de cette table ronde, les interrogations ont fusé de toutes parts, allant de la définition même du trail -à partir de quelle proportion de bitume une course n'est plus un trail, course en autonomie ou non, etc.- à l'épineuse question de l'évaluation des différentes épreuves.

- L'UTMB, un géant encombrant -

"Sur le principe de l'ITRA, tout le monde est d'accord", a souligné en préambule un observateur.

En bout de table, le président de cette association, Michel Poletti, explique la démarche: "On n'est qu'au début de l'histoire. Vous voyez bien la difficulté qu'on a à définir exactement ce qu'est un trail par exemple. La chose la plus simple est la plus difficile à définir".

"On a un parti pris, on a choisi de travailler avec les fédérations. On est un certain nombre à apprécier globalement ce qu'a fait la FFA (Fédération française d'athlétisme, ndlr) en France depuis quelques années, sur la partie compétition ou sécurité. Notre souci maintenant, c'est de continuer au niveau international", note-t-il.

Le principal reproche fait aux dirigeants de l'ITRA réside dans la méthode de certification des trails (quel kilométrage exact, quel dénivelé?), démarche qui apparaît logique quand on souhaite donner de la cohérence au niveau international.

Les dirigeants de l'ITRA se sont appuyés sur la méthode utilisée par l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, l'UTMB, épreuve phare du genre, pour "filtrer" ses participants: pour résumer, les coureurs souhaitant participer à l'UTMB doivent cumuler un minimum de points glanés lors d'autres épreuves, selon un barème fixé par les responsables... de l'UTMB.

Or, quand l'UTMB évalue les coureurs, l'ITRA a vocation à évaluer les épreuves. Confusion d'autant plus fâcheuse que ces évaluations sont payantes, et que de manière sous-jacente se glissent quelques contingences plus délicates.

- Prime à la performance? -

A la tête de l'UTMB se trouve en effet le couple Poletti, Catherine et Michel (le président de l'ITRA), amoureux de leur sport et de leur épreuve. De là à dire que l'ITRA favorise en quelque sorte l'UTMB au détriment des autres trails...

"On a fait une erreur, et nous avons été trop vite, a reconnu Michel Poletti. On est parti de la règle UTMB et on a créé de la confusion", regrette-t-il.

La jalousie est rampante, quand le trail mériterait davantage de hauteur. Mais la méthodologie a de fâcheuses conséquences.

"Lors de salons, j'ai été choqué par l'attitude de certains coureurs qui venaient au stand d'une compétition pour savoir le nombre de points qu'elle rapportait. La course, le parcours en lui-même, ils n'en avaient plus rien à faire", raconte par exemple Jean-Charles Perrin, créateur de l'Eco-Trail de Paris, pourtant membre fondateur de l'ITRA.

Un indice de performance des coureurs, basé sur leurs cinq meilleures courses, contribue aussi à suggérer que, dans le trail, la performance pure pourrait supplanter le plaisir de participer. D'autant qu'un circuit regroupant les principaux trails du monde (l'Ultra-Trail World Tour) se met en place parallèlement.

Une transformation des moeurs révélatrice des bouleversements qui touchent le trail, comme le VTT par exemple avant lui.

"Ce sont les gens qui vont adhérer à l'ITRA qui vont faire l'ITRA", résume Michel Poletti.

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