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L'armée irakienne tente de reprendre l'initiative, Kerry en Arabie saoudite

27/06/2014 05:42 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

L'armée irakienne tente de reprendre l'initiative en attaquant les insurgés sunnites dans la ville de Tikrit, alors que le secrétaire d'Etat John Kerry poursuit vendredi en Arabie saoudite sa mission au chevet de l'Irak menacé d'éclatement par une offensive jihadiste.

Après l'annonce par le Premier ministre Nouri al-Maliki que parallèlement à l'action militaire, une solution politique était désormais nécessaire pour sortir le pays de la crise, le Parlement issu des élections d'avril se prépare à se réunir le 1er juillet pour déclencher le processus politique de formation d'un gouvernement.

M. Maliki, un chiite critiqué pour sa marginalisation des sunnites et son monopole du pouvoir, a finalement cédé aux appels de la communauté internationale pour qui seul un gouvernement rassemblant toutes les forces politiques et les communautés est à même de faire face à l'offensive jihadiste lancée le 9 juin.

Mais le processus politique pour la mise en place d'un gouvernement risque d'être long. Le nouveau Parlement doit élire dans un délai de 30 jours, un président de la République. Ce dernier aura ensuite 15 jours pour charger le candidat du Bloc parlementaire arrivé en tête du scrutin, en l'occurrence M. Maliki, de former un nouveau gouvernement dans un délai de 30 jours.

En attendant, les troupes gouvernementales, après leur débandade aux premiers jours de l'offensive, tentent non sans grande peine de reprendre des régions prises par les insurgés menés par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

La veille, des forces spéciales de l'armée ont réussi, lors d'une opération héliportée, à reprendre l'université de Tikrit, ville tombée aux mains des insurgés.

- 'L'EIIL menace toute la région' -

Selon un officier, cette opération vise à ouvrir la voie vers une reprise totale de cette ville du nord, ancien fief du président sunnite Saddam Hussein renversé par l'invasion américaine en 2003 et exécuté trois ans plus tard. L'université est située sur la voie vers Baïji, la principale raffinerie de pétrole d'Irak.

Depuis le 9 juin, les insurgés ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d'Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est), Kirkouk (nord), et Al-Anbar (ouest).

Poursuivant sa mission sur l'Irak, M. Kerry, après des visites au Moyen-Orient dont l'Irak, et en Europe, devait s'entretenir vendredi à Jeddah dans l'ouest du royaume saoudien sunnite avec le roi Abdallah de la crise irakienne et la menace posée par les jihadistes de l'EIIL.

A Paris, il a rencontré jeudi des représentants d'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de Jordanie, trois pays majoritairement sunnites et alliés des Etats-Unis, devant qui il a souligné que "l'EIIL ne menace pas seulement l'Irak, mais toute la région".

Les Etats-Unis ont depuis le début de l'offensive sommé M. Maliki de former un gouvernement rassemblant toutes les forces politiques et différentes communautés.

L'Arabie saoudite a ouvertement accusé M. Maliki, au pouvoir depuis 2006, d'avoir conduit l'Irak au bord du gouffre par sa politique d'exclusion des sunnites, et a réclamé la formation d'un gouvernement d'entente nationale.

Washington a également appelé les leaders arabes à user de leur influence sur les leaders irakiens et les chefs de tribus sunnites, et à lutter contre les financements privés en provenance de leurs pays destinés aux jihadistes.

- Evacuation de chinois -

L'EIIL, présent également en Syrie, veut établir un califat islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie. Son offensive menace aussi les pays voisins comme l'Arabie Saoudite et la Jordanie.

Ce groupe est également engagé dans la guerre en Syrie voisine où il contrôle des pans de territoires dans l'Est et a renforcé sa présence à Boukamal, principale localité à la frontière irako-syrienne sise côté syrien.

Avec ses "4.000 à 8.000" hommes, l'EIIL n'a jusqu'à maintenant progressé qu'en territoire sunnite en Irak et "cela sera beaucoup plus compliqué pour lui à mesure qu'elle se dirige vers Bagdad et le fief chiite", estime Rick Brennan, ex-conseiller de l'armée américaine en Irak et analyste à la Rand.

La coalition menée par les jihadistes rassemble d'ex-officiers de l'armée de Saddam Hussein, des groupes salafistes et des éléments tribaux.

L'offensive des insurgés a fait des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés, l'ONU avertissant que la crise mettait en péril la sécurité alimentaire du pays.

Enfin, une cinquantaine d'employés chinois de China Machinery Engineering Corp. (CMEC) ont été évacués de régions du nord de l'Irak et héliportés vers Bagdad, et 1.200 autres devraient suivre dans les prochains jours.

mah/tp

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