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Des milliers de chrétiens irakiens se réfugient à Erbil pour fuir les jihadistes

27/06/2014 11:22 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

Ils n'ont pu rassembler que quelques affaires, rangées à la hâte dans des sacs en plastique ou de petites valises. Face à l'assaut des jihadistes qui se sont emparés de régions entières en Irak, des milliers de chrétiens de Hamdaniya, dans le nord, ont fui vers le Kurdistan.

Jeudi matin, les Peshmergas ont repoussé un assaut d'hommes armés menés par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contre la ville majoritairement chrétienne de Hamdaniya, au sud-est de Mossoul, selon des sources au sein des forces kurdes.

Résultat, des milliers d'habitants, terrifiés, ont fui vers Ankawa, une ville à majorité chrétienne de la banlieue d'Erbil -la capitale de la province autonome du Kurdistan irakien- où ils occupent des bâtiments publics en attendant de décider de la prochaine étape de leur vie.

"Il y a eu des tirs de mortier mercredi soir, puis ça s'est calmé avant de reprendre de manière intensive. Alors nous avons été obligés de fuir", dit à l'AFP Amjad Youssef, 51 ans, arrivé à Erbil avec sa famille de 11 personnes. "Je crois bien que la moitié des habitants de Hamdaniya a fui".

"Nos enfants n'ont pas dormi depuis deux jours à cause des tirs", raconte Azhar Behnam, entourée de cinq de ses enfants, dont le plus âgé a une dizaine d'années. "Nous avons fui en laissant tout derrière nous parce que le bruit des canons était terrifiant et que la vie était devenue impossible".

- Exode -

A Erbil, des organisations caritatives mais aussi des habitants se sont chargés de fournir une aide d'urgence aux familles, dont de la nourriture et de l'eau.

"Nous avons reçu un message urgent (nous demandant) d'ouvrir toutes les salles afin d'accueillir les déplacés venant de Qaraqosh", dans le centre d'Hamdaniya, où vivent près de 15.000 personnes en majorité de confession catholique syriaque, explique Maxime Issa Younes, le représentant de la maison de jeunes d'Ankawa.

"Nous avons accueilli les déplacés dans la maison de jeunes et trois écoles à Ankawa. Il y a 250 familles environ et nous nous attendons à un plus grand exode. Nous sommes en train de préparer des endroits pour accueillir davantage de familles", ajoute-t-il.

Des insurgés sunnites ont déclenché le 9 juin une offensive fulgurante en Irak, prenant le contrôle de larges pans de territoires dans cinq provinces au nord et à l'ouest de Bagdad, et faisant plus de 1.000 morts et des centaines de milliers de déplacés selon l'ONU.

Plusieurs autres villes voisines de Mossoul, comme la ville chrétienne de Bartala, où vivent près de 30.000 personnes, sont le théâtre d'un tel exode, les habitants craignant l'arrivée des jihadistes.

Bartala, comme Hamdaniya, ne bénéficient plus de la protection des forces gouvernementales irakiennes qui les ont quittées et laissées aux mains des forces kurdes et d'habitants constitués en groupes de défense. Les deux villes pâtissent en outre d'une pénurie d'eau et d'électricité.

"Il faisait chaud, nous résistions au fait qu'il n'y avait pas d'eau et d'électricité mais quand les bombardements ont commencé, nous n'avons pas pu en supporter davantage et nous avons quitté la ville par peur pour nos enfants", raconte Taala Isaac, 65 ans, venue avec 23 membres de sa famille, dont 18 petits-enfants.

"Beaucoup de gens ont quitté Hamdaniya à pied. Nous ne savons pas ce qui leur est arrivé", déplore-t-elle.

Selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), "ces arrivées vont augmenter la pression sur les ressources" du Kurdistan, notamment en ce qui concerne le logement et l'essence.

Les réfugiés n'ont pas de douche, pas de climatisation -- et l'été irakien est rude - et beaucoup s'inquiètent du manque de soins médicaux, souligne le HCR.

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