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Après le Mondial-2014, quel avenir pour l'économie du Brésil ?

27/06/2014 06:59 EDT | Actualisé 27/08/2014 05:12 EDT

Un million d'emplois créés, chiffres d'affaires en hausse: le Mondial-2014 dope certes l'économie du Brésil, mais derrière les ventes de vuvuzelas ou de maillots couleur seleçao, le géant sud-américain craint une sévère gueule de bois économique après le coup de sifflet final, sur fond d'inflation.

Devant une vitrine de Rio de Janeiro chamarrée aux couleurs du Brésil, Josimar Barbosa fait résonner sa vuvuzela sous son chapeau jaune et vert pour attirer les touristes. "Vous pouvez être aussi sexy que moi pour soutenir le Brésil! Achetez votre chapeau, votre vuvuzela, votre drapeau!", entonne-t-il joyeusement sous les yeux des passants qui s'arrêtent devant les produits dérivés disposés sur le trottoir.

Aujourd'hui, les affaires sont bonnes: le commerçant de 27 ans boucle vente sur vente, en octroyant çà et là quelques rabais. "C'est comme ça tout le temps" depuis l'arrivée des touristes pour la Coupe du monde, explique-t-il, se vantant d'un chiffre d'affaires en hausse de 90%.

"Tout ce qui est lié à cet événement est bon pour le Brésil, y compris pour le petit commerce", assure-t-il en adressant un clin d'oeil à une cliente qui vient d'acheter pour 60 reais (environ 20 euros) de marchandise.

Selon une enquête menée par la Fondation Institut de recherches économiques (FIPE), le Mondial-2014 doit injecter 30 milliards de reais (environ 10 milliards d'euros) dans l'économie brésilienne. Selon cette étude, la compétition aura engendré la création d'un million d'emplois pour la septième puissance économique mondiale.

- Le fléau de l'inflation -

Mais les avis sont divisés sur les véritables bienfaits économiques du Mondial-2014, certains experts affirmant que l'impact de la Coupe du monde sera inférieur aux 11 milliards de dollars de fonds publics consacrés aux infrastructures liées à la compétition.

D'autres soutiennent même que le Mondial et la perspective des jeux Olympiques d'été 2016 à Rio de Janeiro alimentent l'inflation. Un fléau que la Banque centrale s'est efforcée de contenir ces derniers mois, sans grand succès, en élevant son taux directeur, ce qui freine les investissements et la croissance.

En juin, l'inflation au Brésil était de 6,4% sur 12 mois, s'approchant de la limite fixée à 6,5% par la Banque centrale.

"La réception d'un événement sportif mondial n'a et n'aura pas un impact positif majeur sur l'économie brésilienne", prévoyait récemment l'assureur-crédit français Euler Hermes, filiale de l'allemand Allianz.

En revanche, d'après l'assureur, des "pressions inflationnistes supplémentaires" sont à craindre. "L'inflation devrait rester élevée, à 6,3% en 2014 et à 6,1% en 2015. Plus de 0,5 point de pourcentage de l'inflation annuelle en 2014 s'explique par ces méga événements".

L'économie du Brésil a perdu de son lustre depuis 2007, lorsque le pays a été désigné pour l'organisation du Mondial-2014, sous l'impulsion de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva.

En 2010, le taux de croissance s'élevait à 7,5%, mais il s'est tassé les années suivantes pour plafonner à 2,5% en 2013. Cette année, les économistes tablent sur une hausse du PIB de seulement 1,2%, malgré la Coupe du monde.

Un ralentissement d'autant plus douloureux que le pays a vu 36 millions de personnes (18% de la population) accéder à la classe moyenne ces dernières années grâce à de nombreux programmes sociaux.

Mais aujourd'hui ce pouvoir d'achat se voit en partie étouffé par la hausse soutenue des prix, un phénomène qui alimente la grogne sociale et pèse sur le budget du gouvernement.

- Brésil: ADN en mutation -

De nombreux économistes pensent que le Brésil s'est trop reposé sur l'incitation à la consommation et n'a pas suffisamment épargné ni investi dans les infrastructures.

"Le modèle axé sur l'incitation à la consommation s'est épuisé", juge Marcos Troyjo, économiste brésilien de l'université Columbia de New York.

"Le Brésil a connu une forme de mutation de son ADN. Il doit désormais davantage se consacrer à l'investissement, aux exportations, et se tourner vers le marché global. La compétitivité doit devenir une priorité", plaide l'universitaire, dont l'avis est partagé par de nombreux confrères libéraux.

En campagne pour sa réélection en octobre, la présidente Dilma Rousseff ne semble toutefois pas disposée à changer de plan économique, alors que l'inquiétude gagne de nombreux secteurs dans son pays.

Même les Brésiliens qui tirent profit de la Coupe du monde confient leur appréhension.

Eduardo Blumberg, co-propriétaire du fabriquant de vêtements Dimona, affiche de 20 à 30% de chiffre d'affaires supplémentaire pendant le Mondial. Mais il admet aujourd'hui craindre la pression de la hausse des prix.

"Chaque fois que nous passons une commande, nos fournisseurs haussent leurs tarifs", déplore l'entrepreneur de 53 ans.

"C'est vrai que la Coupe du monde nous aide. C'est un événement festif, les gens dépensent de l'argent. Mais cela ne fait que retarder la faillite de l'économie", maintient-il avec pessimisme.

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