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Une militante libyenne bien en vue est assassinée à Benghazi

26/06/2014 08:49 EDT | Actualisé 26/08/2014 05:12 EDT

CAIRE, Égypte - Une militante libyenne bien en vue a été assassinée par des hommes armés qui ont attaqué sa résidence de Benghazi, dans l'est du pays, rapporte jeudi l'agence de presse officielle.

L'avocate et militante des droits de la personne Salwa Bugaighis avait joué un rôle de premier plan lors du soulèvement populaire qui a mené à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Elle comptait aussi parmi les principaux détracteurs des milices et extrémistes islamiques qui s'activent en Libye depuis la chute de Kadhafi.

L'identité des hommes armés responsables de sa mort n'est pas encore connue. Toutefois, des miliciens radicaux ont fréquemment été tenus pour responsables des assassinats de militants séculaires, de juges, de leaders religieux modérés, de policiers et de soldats à Benghazi, la deuxième ville en importance en Libye.

Mme Bugaighis a été atteinte d'une balle à la tête et poignardée à de multiples reprises tard mercredi soir, quelques heures après avoir voté lors des élections parlementaires, a dit l'agence de presse LANA. Elle a succombé à ses blessures à l'hôpital.

Plus tôt pendant la journée, la militante avait décrit à la télévision la situation dans son quartier, où des militants armés avaient attaqué les soldats déployés pour protéger les bureaux de scrutin. Elle avait aussi mis en ligne, sur Facebook, la photo de militants agitant une bannière noire devant sa maison.

«Ce sont eux qui veulent faire échouer le vote, a-t-elle dit au réseau Al-Nabaa, pendant que son appel était interrompu par des tirs. Benghazi a toujours été fière et elle le sera toujours, en dépit de la douleur et de la peur. Elle réussira.»

Selon le quotidien Al-Wasat, le garde de la maison de l'avocate a raconté aux policiers que les cinq assaillants — qui étaient tous encagoulés, sauf un — ont tout d'abord pénétré dans l'enceinte. Ils auraient ensuite demandé où trouver le fils de Mme Bugaighis, Wael, avant d'atteindre le garde d'une balle à la jambe. L'homme dit avoir ensuite entendu des tirs à l'intérieur.

La maison de Mme Bugaighis se trouve dans un secteur de la ville où sévissent deux puissantes milices, dont une qui aurait participé à l'attaque contre le consulat américain en septembre 2012.

Le mari de Mme Bugaighis, un membre du conseil municipal de Benghazi, se trouvait apparemment sur place au moment de l'attaque et il a vraisemblablement été enlevé, a dit un porte-parole de la police, Ibrahim al-Sharaa.

La mort de l'avocate a secoué les militants libyens.

«Tous les partisans de la vérité sont menacés», a dit Hassan al-Amin, l'ancien président de la commission parlementaire sur les droits de la personne, qui s'est réfugié à l'étranger pour échapper à des menaces de mort.

Mme Bugaighis s'était déjà réfugiée en Jordanie avec sa famille, après avoir reçu des menaces de mort. Son mari et elle s'étaient récemment installés à Tripoli. mais elle s'était rendue voter à Benghazi. Son fils Wael avait échappé à une tentative d'enlèvement plus tôt cette année.

Sous le règne de Kadhafi, elle avait représenté les familles des détenus de la sombre prison d'Abou Selim, exigeant notamment de connaître le sort de quelque 1200 prisonniers qui se sont volatilisés.

Mme Bugaighis était la directrice adjointe du Comité de dialogue national, qui essaie de réconcilier les différentes factions du pays.

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