NOUVELLES

Canada: la télévision publique va supprimer un poste sur cinq d'ici 2020

26/06/2014 02:48 EDT | Actualisé 26/08/2014 05:12 EDT

Le groupe audiovisuel public Radio-Canada/CBC a annoncé jeudi la suppression d'un poste sur cinq d'ici 2020 pour développer ses supports numériques mobiles et s'adapter aux changements de consommation, suscitant la colère des employés.

Il s'agit d'une douche froide pour les salariés du média franco-anglais qui digéraient difficilement les 657 licenciements déjà annoncés en avril.

A la surprise générale, le PDG Hubert Lacroix a diffusé jeudi matin une note interne avertissant d'une sévère cure d'amaigrissement avec d'ici 2020 la suppression de 20% des effectifs, soit environ 1.000 à 1.500 personnes de moins dans les services de télévision.

Ces suppressions de postes seront obtenues principalement par des départs en retraite non remplacés, a expliqué M. Lacroix.

Compte tenu de la pyramide des âges, 300 départs à la retraite sont enregistrés chaque année à Radio-Canada/CBC, donc d'ici 2020 les départs naturels porteront sur un millier de salariés. "Il y aura des mises à pied pour permettre d'atteindre l'objectif" de 20% des effectifs en moins, a prévenu le patron de Radio-Canada/CBC.

Une partie du parc immobilier du groupe va en outre être revendue, a poursuivi le dirigeant.

La réduction des infrastructures et des effectifs "signifie environ une centaine de millions de dollars" (75 millions d'euros) d'économies chaque année et doit permettre d'éliminer "tout déficit structurel" du groupe, a-t-il estimé.

Le groupe audiovisuel canadien est sous la pression de la baisse des financements publics et, avec le dernier plan de restructuration présenté le 10 avril, ce sont environ 2.000 emplois qui ont déjà été supprimés au cours des cinq dernières années.

Hubert Lacroix a inscrit cette nouvelle vague d'austérité dans un plan stratégique plus global de baisse de la production et de réorientation des programmes vers les plateformes numériques.

En milieu de journée, le PDG s'est adressé à l'ensemble des salariés du groupe pour leur dessiner les contours de la télévision publique canadienne de demain, avec des journaux télévisés moins longs, des documentaires sous traités à des maisons de productions ou encore les émissions sportives déplacées sur les appareils mobiles ou le web.

Le message du patron du groupe est clair, il faut "suivre les habitudes de consommation des Canadiens qui de plus en plus consomment les médias en mobilité (...), sur l'appareil de leur choix, dans leur poche".

- "Décision idéologique" -

Après cette annonce, représentants syndicaux, reporters et techniciens se sont immédiatement réunis devant le siège des services francophones de Radio-Canada, à Montréal.

"C'est une décision idéologique, dogmatique d'un des pires gouvernements de droite de l'histoire canadienne", a déploré Jean Lacharité, vice-président du syndicat CSN, faisant référence au gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Thomas Gerbet, journaliste en contrat à durée déterminée a comparé sa situation avec celle d'"un ours polaire sur une banquise en train de fondre autour de lui sans réagir".

Les concours de l'État canadien à l'audiovisuel public sont parmi les plus faibles des grands pays occidentaux et continuent de baisser puisque dans le budget 2014/15 cette contribution va passer de 33 dollars à 29 dollars par an et par habitant. A titre de comparaison, selon les chiffres de l'institut Nordicity, la financement public par habitant est de 180 dollars en Norvège, 164 dollars en Suisse ou 68 dollars en France.

La ministre canadienne de la Culture Shelly Glover, ministre de tutelle du groupe audiovisuel, a souligné que "Radio-Canada/CBC reçoit des contribuables plus d'un milliard de dollars par an" et doit "s'adapter à l'évolution de la technologie, de la démographie, des préférences de la clientèle". Une adaptation à réaliser "dans les limites existantes de son budget", a-t-elle prévenu.

Pour réussir ce pari, l'objectif est d'avoir "en 2020, 18 millions de Canadiens, soit un sur deux" fidèles aux "service numériques de Radio-Canada/CBC chaque mois", a estimé M. Lacroix.

sab-mbr/rap

PLUS:hp