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Féminin/Féminin : la nouvelle web-série de Chloé Robichaud maintenant en ligne

25/06/2014 10:34 EDT | Actualisé 25/06/2014 10:34 EDT
Courtoisie Lezspreadtheword

Saluée par le magazine français Telerama comme «la série lesbienne plus réaliste que The L Word», Féminin/Féminin, la web-série de Chloé Robichaud portant sur les femmes homosexuelles, est maintenant en ligne dans son intégralité.

Un pilote prometteur avait été dévoilé en janvier, mais on peut maintenant visionner les huit épisodes de 10 à 13 minutes et plonger pleinement dans l’univers de cette bande de filles délurées et attachantes, à l’humour et l’autodérision irrésistibles, aux prises avec leurs joies, leurs doutes et leurs angoisses, et campées dans un décor résolument montréalais.

Féminin/Féminin, c’est un regard lucide, drôle et attendrissant sur les lesbiennes et leurs tourments amoureux, qui ne diffèrent pas tellement de ceux des hétérosexuels : on y aborde la peur de l’engagement, le désir de maternité, le fossé entre les générations, l’infidélité. On suit Léa (Noémie Yelle), Stéphanie (Ève Duranceau), Emily (Eliane Gagnon), Anne (Kimberly Laferrière), Alex (Alexa-Jeanne Dubé), Sophie (Carla Turcotte), Julie (Sarah-Jeanne Labrosse), Maude (Émilie Leclerc-Côté), Noémie (Julianne Côté), Sam (Marie-Evelyne Lessard) et Céline (Macha Limonchik), âgées entre 18 et 42 ans, dont les histoires respectives évoluent au moyen de courtes scènes.

Parfois, les personnages répondent à des questions en s’adressant directement à la caméra, ce qui fait vaciller Féminin/Féminin entre la fiction et le documentaire. Chaque capsule se concentre sur un ou deux protagonistes, mais les autres membres du petit groupe ne sont jamais loin en arrière-plan. Le tout, porté par une trame sonore audacieuse, qui pige dans les répertoires de Tegan & Sara, Human Human, Philémon Cimon, Fanny Bloom, Random Recipe et Jimmy Hunt, pour ne nommer que ceux-là.

À regarder aller ces femmes modernes et à entendre leurs propos, on constate au final qu’il n’y a pas de quoi faire un plat de l’homosexualité au féminin. Et c’est précisément ce que souhaitait Chloé Robichaud en écrivant et en réalisant ce projet: «banaliser» le lesbianisme, l’illustrer sous un angle positif. La jeune cinéaste insiste d’ailleurs sur le caractère accessible de Féminin/Féminin.

«Je voulais montrer aux gens que le quotidien des lesbiennes n’est pas tellement différent de celui des autres, explique-t-elle. Peut-être que notre public-cible, ce sont les lesbiennes, mais je pense que c’est une web-série qui est drôle et touchante, et que tout le monde peut se sentir interpellé. On a tout fait pour la rendre la plus universelle possible, et démystifier le sujet.»

Clichés et repères

Les textes de Féminin/Féminin écorchent au passage quelques clichés, notamment ceux voulant que les lesbiennes correspondent nécessairement à certains stéréotypes physiques ou vestimentaires.

«On est allés au-delà de ça, souligne Robichaud. Les gens ont parfois une idée préconçue sur l’apparence, le look, que peuvent avoir les lesbiennes, ou ce qu’elles peuvent penser, alors qu’il y a tellement de façons d’être…»

Elle-même homosexuelle – elle ne l’a jamais crié sans le cacher non plus - Chloé Robichaud n’a jamais eu à se battre pour faire accepter sa condition. Elle affirme qu’elle a «été choyée», qu’elle a pu compter sur des parents «merveilleux», qui l’ont «comprise et épaulée». Mais l’adolescente de jadis, qui a grandi dans la ville de Québec, a rapidement pris conscience qu’il existait peu de modèles auxquels se référer pour les jeunes lesbiennes, que les points de ralliement pour échanger avec d’autres filles comme elle étaient plutôt rares. À 18 ans, en s’installant dans la métropole, son réseau s’est élargi. La créatrice espère que Féminin/Féminin fera office de modèle pour les celles qui, à l’orée de l’âge adulte, sont à la recherche de repères pour s’identifier.

«Mais la série n’est pas axée sur la difficulté du coming-out, tient-elle à préciser. Plusieurs films ont déjà traité du sujet et quelques-uns se terminaient en suicide. Je voulais aller au-delà de ça et montrer qu’être lesbienne, ça peut être beau et facile.»

Manque de ressources

À l’origine, Féminin/Féminin était l’idée de Chloé Robichaud et Florence Gagnon. En 2012, les deux amies ont fondé, avec la collaboration d’autres copines, le site Lez Spread The Word, une plateforme d’information destinée aux lesbiennes, alimentée par une quinzaine de journalistes, chroniqueuses et photographes bénévoles, où on traite autant de mode et de sports que de voyages, et où on organise des activités ouvertes à toutes. Aujourd’hui, Florence gère le site seule et à temps plein. Avec Féminin/Féminin, Chloé et elle espéraient donner une voix aux lesbiennes, comme l’a auparavant fait The L Word (Elles en version française). Le titre Féminin/Féminin fait référence au film Masculin féminin, de Jean-Luc Godard.

«Cette année, on fêtait les 10 ans de The L Word, note Florence Gagnon. On se disait que c’était le temps de se réapproprier le thème, de créer quelque chose à saveur québécoise. Il y a un grand manque de ressources pour la communauté lesbienne. On voulait créer de nouveaux modèles positifs et une référence sur le web. Ça existait en Europe et aux États-Unis, mais au Canada, pas vraiment…C’est important de prendre notre place, de créer notre propre culture lesbienne d’ici.»

Le tandem voudrait bien offrir une deuxième saison de Féminin/Féminin. Pour financer le premier volet, l’équipe a fait appel à des commanditaires et trouvé des sous au privé. Reste à voir si on réussira à amasser assez d’argent pour poursuivre l’aventure…

«On se demande si c’est parce que c’est un projet gay que les gens sont plus frileux, questionne Florence Gagnon. On a réussi à se financer nous-mêmes; on verra pour la suite. Mais on est contentes et fières du résultat!»

La web-série Féminin/Féminin est maintenant en ligne au femininfeminin.com et au lezspreadtheword.com.

Quelques personnages vus par leurs interprètes

Léa – Noémie Yelle

«Léa a connu beaucoup de difficultés en amour. Elle a eu très, très mal dans le passé et elle a peur de l’engagement, mais elle va s’ouvrir au personnage de Sophie (Carla Turcotte) et il semble que ça se passera bien…»

Julie – Sarah-Jeanne Labrosse

«Julie est barmaid. Elle est bien dans sa peau et très à l’aise. Elle fait la rencontre d’une femme plus vieille qu’elle, Céline (Macha Limonchik), et on va suivre l’évolution de leur relation, la confrontation de leur différence d’âge.»

Stéphanie – Ève Duranceau

«Stéphanie est une fille stable, une fille de tête, sportive, dont le métier n’est pas défini, mais on imagine qu’elle pourrait être avocate. Elle est en couple et vit des difficultés dans sa relation.»

Céline – Macha Limonchik

«Céline a 42 ans. Quand la série commence, sa blonde de longue date l’a laissée. Elle sort un soir dans un bar avec de jeunes lesbiennes pour se changer les idées et rencontre une jolie fille, Julie…»

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