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Turquie: un projet de loi pour relancer les discussions de paix avec les Kurdes

25/06/2014 03:20 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

Le gouvernement islamo-conservateur turc va présenter un projet de loi destiné à raviver les négociations de paix, aujourd'hui paralysées, avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a annoncé le vice-premier ministre Besir Atalay.

"Nous avons finalisé ce texte et proposé à la signature de nos ministres", a déclaré M. Atalay dans des déclarations diffusées mercredi par les télévisions turques.

"Nous allons présenter le projet de loi au Parlement d'ici un ou deux jours", avant la fin de sa session actuelle le 28 juin, a-t-il ajouté.

Cette initiative intervient quelques jours avant l'annonce attendue, le 1er juillet, de la candidature du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à l'élection présidentielle des 10 et 24 août, où le vote de la minorité kurde du pays s'annonce déterminant.

"Le projet de loi marque la volonté (du gouvernement) de trouver une solution à ce problème", a estimé mercredi le ministre de l'Intérieur Efkan Ala devant la presse, "nous faisons ce qui est nécessaire pour faire avancer le processus".

Ces deux membres du gouvernement n'ont pas détaillé publiquement le contenu des sept articles du projet de loi.

Un responsable gouvernemental a précisé à l'AFP que le texte incluerait des "garanties légales" destinées à encadrer les discussions ouvertes à l'automne 2012 entre le régime d'Ankara et le chef emprisonné du PKK Abdullah Öcalan.

Selon les médias turcs, ce texte devrait notamment garantir l'impunité aux responsables du pays, élus, hauts fonctionnaires ou militaires, impliqués dans les négociations avec le PKK, considéré par la Turquie et une bonne partie de la communauté internationale comme une organisation terroriste.

M. Erdogan compte sur le soutien d'une partie de la minorité kurde du pays, estimée à 15 millions de personnes soit 20% de sa population, pour être élu dès le premier tour de scrutin, disputé pour la première fois au suffrage universel direct.

"Les Kurdes seront les +faiseurs de roi+ du scrutin d'août", a commenté à l'AFP le directeur du programme d'études turques du Washington Institute, Soner Cagaptay.

Le Parti démocratique du peuple (HDP) prokurde doit lui-même présenter son candidat à la présidentielle d'ici au 3 juillet mais les analystes pensent qu'une partie de ses soutiens du premier tour devraient reporter leurs suffrages sur M. Erdogan en cas de second tour.

Après l'échec en 2010 de négociations secrètes menées avec le PKK à Oslo (Norvège), le gouvernement de M. Erdogan a renoué un dialogue direct à l'automne 2012, cette fois avec le chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, qui purge une peine de prison à vie dans l'île-prison d'Imrali, en mer de Marmara (nord-ouest) .

Dans ce cadre, le mouvement rebelle a décrété en mars 2013 un cessez-le-feu unilatéral et ordonné deux mois plus tard un retrait de ses combattants vers leurs bases du nord de l'Irak. Mais il a suspendu ce retrait en septembre, reprochant au pouvoir de ne pas avoir tenu ses promesses d'accorder de nouveaux droits à la minorité kurde.

La tension est brusquement remontée ces dernières semaines dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie. De violents incidents entre les forces de l'ordre et des manifestants kurdes, qui ont fait au moins 3 morts dans les rangs des protestataires, ont fait craindre la fin du processus de paix.

Le conflit entre les forces gouvernementales turques et les rebelles du PKK a fait plus de 45.000 morts depuis 1984.

fo-pa/ros

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