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L'interrogatoire de la Soudanaise chrétienne se poursuit, son mari inquiet

25/06/2014 09:34 EDT | Actualisé 25/08/2014 05:12 EDT

Une Soudanaise chrétienne était toujours entendue mercredi par la police après avoir été retenue avec sa famille à l'aéroport de Khartoum d'où ils cherchaient à fuir le pays après des menaces d'extrémistes mécontents de l'annulation de sa condamnation à mort pour apostasie.

"Nous somme inquiets, c'est pourquoi nous voulons partir d'ici aussi vite que possible", a expliqué à l'AFP Daniel Wani, depuis un commissariat où son épouse, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, 26 ans, était interrogée.

Le cas de cette jeune femme, dont la condamnation à mort a été annulée en appel lundi, a soulevé la question de la liberté de culte au Soudan.

Outre sa condamnation pour apostasie, Mme Ishag, mariée à un chrétien, avait également écopé le 15 mai de 100 coups de fouet pour "adultère". Selon l'interprétation soudanaise de la charia, toute union entre une musulmane et un non-musulman est considérée comme un "adultère".

Sa détention avec son jeune fils de 20 mois, mais surtout la naissance de son second enfant en prison, ont suscité l'indignation de gouvernements occidentaux et de groupes de défense des droits de l'Homme.

Au lendemain de sa libération, Mme Ishag, qui s'était d'abord cachée en raison de menaces de la part d'extrémistes, a été arrêtée à l'aéroport de Khartoum, au moment où la famille s'apprêtait à quitter le Soudan pour les Etats-Unis.

"Nous étions supposés être déjà là-bas", a insisté M. Wani, qui a la double nationalité américaine et sud-soudanaise, assurant que leurs documents de voyage étaient en règle.

Mais selon le ministre soudanais de l'Information, Ahmed Bilal Osmane, Mme Ishag aurait dû présenter un passeport soudanais pour quitter le pays.

En soumettant un document sud-soudanais, "elle a commis un acte illégal", a poursuivi M. Osmane, assurant que la situation serait bientôt résolue.

"Je suis certain qu'elle pourra clarifier cela, obtenir un passeport et voyager, sans aucun problème", a-t-il déclaré.

Mme Ishag a été arrêtée par des agents du service national de renseignement et de sécurité (NISS), malgré la présence de diplomates de l'ambassade américaine venus l'escorter, selon son époux, assurant que l'ensemble de la famille se trouvait depuis mardi dans un commissariat de Khartoum.

L'un de ses avocats, Me Mohanad Mustafa, a expliqué que Mme Ishag n'était pas en état d'arrestation mais interrogée sur l'authenticité d'un document de voyage délivré par le Soudan du Sud. "On ignore combien de temps l'enquête de la police va durer", a-t-il poursuivi.

- 'Problème familial' -

Kau Nak, chargé d'affaires à l'ambassade du Soudan du Sud à Khartoum, a insisté sur la validité du document de voyage incriminé.

"C'est un document classique que nous fournissons à nos ressortissants quand ils rentrent chez eux. Nous le lui avons donné ainsi qu'à ses enfants", a-t-il ajouté précisant que Mme Ishag pouvait en bénéficier car son mari et ses enfants étaient de nationalité sud-soudanaise.

Les Etats-Unis ont assuré mardi soir que la Soudanaise n'avait pas été arrêtée de nouveau et qu'ils tentaient de faire sortir la famille du Soudan. Aucun vol direct n'existe cependant entre les Etats-Unis et le Soudan, sous embargo américain depuis 1997.

L'organisation Christian Solidarity Worldwide, qui oeuvre pour la liberté religieuse, a fait part de son inquiétude concernant "les menaces et les discours de haine" dirigés contre la jeune femme et ses avocats.

"Son soi-disant frère a publiquement affirmé que la famille appliquerait la sentence si elle est acquittée", a assuré l'organisation.

Le père de Mme Ishag, de confession musulmane, a abandonné la maison familiale alors qu'elle avait 5 ans, laissant sa mère, chrétienne orthodoxe, l'élever selon sa confession, selon un communiqué de l'archevêché catholique de Khartoum, précisant qu'elle était devenue catholique juste avant d'épouser Daniel Wani fin 2011.

L'affaire remonte à 2013 quand "un groupe d'hommes affirmant être des proches de Meriam" ont poursuivi en justice la jeune femme qui, en fait, ne les a jamais connus, selon le communiqué.

"Le problème n'a rien à voir avec le gouvernement soudanais ou le tribunal, c'est un problème familial", s'est défendu le ministre de l'Information.

Un expert indépendant travaillant pour les Nations unies sur les droits de l'Homme au Soudan, Mashood Adebayo Baderin, a affirmé mardi soir que si la jeune femme avait reçu des menaces de mort, il était du "devoir du Soudan de protéger ses citoyens".

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