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Les Libyens sont peu nombreux à se rendre aux urnes lors des élections

25/06/2014 08:05 EDT | Actualisé 25/08/2014 05:12 EDT

TRIPOLI, Libye - Avec un faible taux de participation sur fond de violence et de frustration, les Libyens ont voté mercredi pour élire un nouveau Parlement qui pourrait, espèrent-ils, favoriser la stabilité après trois ans de chaos.

Le pays est plongé dans la tourmente depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi. Le gouvernement central demeure faible, tandis que des milices et des groupes islamistes extrémistes font la pluie et le beau temps.

Les islamistes et leurs alliés, qui détenaient une mince majorité au sein du Parlement sortant, devraient perdre du terrain, puisque plusieurs les tiennent pour responsables de l'impasse qui paralyse essentiellement l'appareil politique.

Le nouveau Parlement de 200 membres pourrait rétablir une mince stabilité et permettre la rédaction d'une première constitution post-Kadhafi d'ici 18 mois, puis l'élection d'un président. Le nouveau gouvernement sera toutefois confronté au même défi que le précédent — la formation d'une armée et d'une police unies tout en freinant les milices, dont certaines qui pourraient avoir recours à la violence si leurs partenaires politiques devaient être lessivés pendant l'élection.

Une menace de violence planait d'ailleurs sur le scrutin, mercredi, alors que la participation semblait modeste. Une explosion a frappé un bureau de scrutin dans la ville centrale de Sirte, où une milice islamiste est de plus en plus solidement ancrée. L'attaque a été rapportée par la station Libya Al-Ahrar, qui n'a pas fourni plus de détails.

À Benghazi, la deuxième ville en importance du pays, trois personnes ont été tuées quand des miliciens ont attaqué des soldats déployés pour protéger les bureaux de scrutin, selon la même station.

Selon le candidat Essam el-Jihani, un partisan de l'autonomie de l'est du pays, les attaques ont nui aux espoirs d'un meilleur taux de participation.

L'absence d'enthousiasme a également nui à la participation électorale. «Le Parlement sortant a laissé ses marques et les gens ont perdu espoir en pensant que les nouveaux députés ne sont pas différents des anciens», a-t-il dit, avant d'ajouter qu'à Benghazi, seuls 24 000 des 190 000 électeurs inscrits se sont prévalus de leur droit de vote.

Aucun vote ne se déroulait à Dama, un bastion extrémiste de l'est du pays, et des bureaux de scrutin ont été fermés dans deux autres villes qui sont fréquemment le théâtre d'affrontements intertribaux.

En milieu de journée, mercredi, seulement 16 pour cent des 1,5 million d'électeurs inscrits avaient voté pour combler les 200 sièges du Parlement, selon la commission électorale. Il n'y avait aucun bilan complet dans l'immédiat lorsque les bureaux de vote ont fermé en soirée.

L'ambiance était radicalement différente de celle prévalant pour les parlementaires de 2012, la première élection post-Kadhafi, lorsque les Libyens ont formé, dans l'enthousiasme, de longues files d'attente dès le matin devant les bureaux de vote, aspirant à la démocratie après 42 ans d'un règne sans partage.

«Plusieurs personnes s'attendent à ce que ces élections enclenchent une nouvelle dynamique politique», a déclaré Tarek Mitrik, délégué de l'ONU en Libye, lors d'une tournée des bureaux de vote. «La Libye a besoin d'institutions politiques en qui les gens ont confiance (...) des institutions qui reflètent la diversité présente dans la société libyenne.»

Depuis la chute de Khadafi, l'armée et la police, morcelées pendant la guerre, ne s'en sont jamais remises. Des milices armées ont fait leur apparition et ont comblé le vide laissé par les forces de sécurité, se combattant entre elles et empêchant l'État d'exercer son autorité.

Au cours des deux dernières années, des milices ont brièvement enlevé un premier ministre et ont assiégé le Parlement et des bâtiments gouvernementaux afin de faire respecter leurs demandes. Des milices dans l'Est ont occupé pendant des mois des installations pétrolières, réduisant les exportations à pratiquement rien et tentant même de vendre l'or noir par elles-mêmes.

Les principaux blocs politiques, les islamistes dirigés par les Frères musulmans et leurs adversaires non islamistes, ont tous l'appui de milices menaçant de transformer toute dispute politique en un conflit armé.

Depuis la chute de Kadhafi, la Libye a organisé des élections parlementaires en 2012 et, l'an dernier, a élu un comité de 60 membres pour rédiger une nouvelle Constitution.

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