POLITIQUE

Encaissé, un chèque au Parti libéral du Québec mystérieusement altéré

25/06/2014 03:02 EDT | Actualisé 25/08/2014 05:12 EDT
Radio-Canada.ca

L'ex-directrice du financement du Parti libéral du Québec, Violette Trépanier, n'a pu expliquer mercredi devant la commission Charbonneau comment un chèque de 3000 $ destiné à l'Association libérale de Sherbrooke, qui a visiblement été altéré, a néanmoins été encaissé par le parti.

Un texte de François Messier Twitter Courriel

Le chèque en question avait déjà été présenté lors du témoignage de l'homme d'affaires Louis-Pierre Lafortune. Il avait été sollicité par l'ex-lobbyiste Gilles Varin, a précisé le procureur Paul Crépeau.

Le chèque original a été rédigé par celui qui était alors le chef de la direction financière du fabricant d'éoliennes AAER, Jean-Robert Pronovost. Il est daté du 20 novembre 2008, soit 18 jours avant que le Québec élise un gouvernement libéral majoritaire.

Or, le procureur Paul Crépeau a montré mercredi que le Parti libéral a plutôt attribué ce don à Dave Gagnon, président et chef de la direction d'AAER, comme en fait foi un formulaire de recrutement signé huit jours plus tard.

Pis encore, le procureur Crépeau a montré que le chèque de M. Pronovost a été altéré avec ce qui semble être un collant blanc, de manière à ce que le nom de M. Pronovost soit remplacé par celui de Dave Gagnon. Le procureur a d'ailleurs montré qu'il s'agit du même chèque, puisqu'il porte le numéro 264.

Selon le formulaire de recrutement, le chèque de M. Pronovost a par ailleurs été imputé au compte 127.51 du PLQ, soit celui correspondant au solliciteur Marc Bibeau.

« De toute évidence, ça a été déposé par inadvertance », a plaidé Violette Trépanier, qui a peiné à fournir une explication au procureur Paul Crépeau. « C'est une grosse erreur, je l'admets. Mais c'était une erreur cléricale de bonne foi ».

Selon Mme Trépanier, la personne qui a déposé ce chèque, arrivé par la poste, selon ses déductions, n'a pas bien regardé le chèque: « Elle n'a pas vu la différence. Elle n'a pas vu qu'il y avait une erreur. Elle n'a pas vu le stratagème sur le chèque. C'est ça qui est arrivé. »

« Un beau chèque pour M. Charest »

Le chèque de M. Pronovost avait été présenté en preuve lors du témoignage livré cet automne par Louis-Pierre Lafortune, l'ex-vice-président des Grues Guay qui a été accusé de gangstérisme au terme de l'opération Diligence.

La remise de ce chèque avait été évoquée lors de deux conversations téléphoniques entre M. Lafortune et Dave Gagnon, président et chef de la direction d'AAER, une entreprise qui a fait faillite depuis.

M. Lafortune avait investi 200 000 $ dans AAER, qui s'était installée dans l'ancienne usine Hyundai de Bromont. Il a dit avoir possiblement mis Dave Gagnon en contact avec le lobbyiste avec lequel il faisait affaire.

« (Le lobbyiste) vient de partir d'icitte-là », dit M. Gagnon à M. Lafortune le 20 novembre 2008. « Pis je viens d'y donner un beau chèque pour M. Charest là. [...] Y va y remettre ça en mains propres ce soir ». Lafortune lui dit être déjà au courant.

Le 26 novembre, les deux hommes se reparlent à nouveau. « J'ai parlé avec (notre lobbyiste) hier », dit Gagnon. « Y a donné mon enveloppe à Jean Charest ». Lafortune répond : « Bon bonhomme ».

Les explications de Violette Trépanier

« En tout temps, dans le comté de monsieur le premier ministre du temps, les contributions étaient données à l'Association libérale du comté », a fait valoir Mme Trépanier à ce sujet. « Et le comté nous faisait un rapport bien en forme et transmettait le tout au parti. [...] Je l'ai vérifié, cette contribution n'a pas été donnée lors de l'activité, parce que ça aurait été dans l'activité. »

« Deux, à ma connaissance, pour avoir suivi M. Charest très longtemps dans beaucoup activités, je ne l'ai jamais vu prendre une enveloppe et mettre une enveloppe dans ses poches. Il y a toujours des gens autour de lui qui font ça et qui remettent ça à l'association », a-t-elle ajouté.

Lorsque l'histoire du chèque de M. Pronovost a été publiée une première fois, le 29 janvier dernier, Philippe Couillard, alors chef du Parti libéral, avait pris la défense de Jean Charest. « J'ai moi-même parlé à M. Charest. Il nie catégoriquement avoir reçu quoi que ce soit de M. Lafortune ou de qui que ce soit d'autre », avait-il déclaré.

INOLTRE SU HUFFPOST

La commission Charbonneau en bref