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Le Pr Séralini republie son étude controversée sur le Roundup et un OGM

24/06/2014 08:08 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

Le professeur français Gilles-Eric Séralini a annoncé mardi la publication dans une nouvelle revue de son étude controversée de 2012 sur la toxicité de l'herbicide Roundup et du maïs OGM NK603 et dénoncé l'opacité des tests conduits par les industriels.

Cette étude avait été publiée à l'origine en 2012 dans la revue Food and Chemical Toxicology, qui l'avait ensuite retirée, remettant en cause la méthodologie. "Les résultats présentés, s'ils ne sont pas incorrects, ne permettent pas de conclure", avait estimé le responsable éditorial de Food and chemical toxicology.

Mardi, le professeur Séralini a de nouveau dénoncé la concomittance entre ce retrait et l'arrivée dans le comité éditorial de la revue de Richard Goodman, "un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto".

"Nous avons eu des propositions de cinq éditeurs pour republier l'étude et nous avons choisi Environmental Sciences Europe (groupe Springer) car cette revue fonctionne en +open source+, ce qui va permettre de mettre à la disposition de toute la communauté scientifique les données brutes", a indiqué Gilles-Eric Séralini lors d'une conférence de presse..

Enrichi de nouvelles analyses statistiques, le nouvel article s'appuie sur les mêmes données que la publication de 2012. Celle-ci, selon ses auteurs, avait démontré des effets toxiques du Roundup, l'herbicide le plus utilisé au monde, sur des rats, relevant "de graves perturbations hépatiques et rénales, ainsi que des hormones sexuelles et l'apparition de tumeurs mamaires".

"Nos travaux ne sont pas une étude de cancérogénèse mais de toxicité chronique", a insisté Gilles-Eric Séralini pour répondre aux critiques sur sa méthode. Le type et le nombre de rats utilisés, l'une des critiques centrales mises en avant par ses détracteurs, "est conforme aux études de toxicologie conduites dans le monde entier, et notamment par les industriels", a-t-il fait valoir.

Le biologiste a réitéré sa demande de publication des données brutes des études de toxicité conduites par les industriels dans le cadre de l'homologation de leurs produits. "Nous livrons aujourd'hui nos données brutes, nous aimerions qu'il en soit de même pour les industriels comme Monsanto", a déclaré le Pr Séralini. "L'opacité sur les données des industriels est aujourd'hui complètement anormale, c'est une anomalie scientifique", a-t-il estimé.

Winfried Schröder, éditeur pour la revue Environmental Sciences Europe, a indiqué dans un communiqué souhaiter, en republiant cet article, "permettre une discussion rationnelle" sur ces travaux.

"Le seul objectif est de permettre la transparence scientifique et, sur cette base, une discussion qui ne cherche pas à cacher, mais bien à se concentrer sur ces controverses méthodologiques nécessaires", ajoute-t-il.

Les conclusions de l'étude du professeur Séralini sur les effets sur les rats du maïs NK603 et de l'herbicide Roundup fabriqués par Mosanto, avaient été rejetées par l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France. Mais elles ont nourri un débat d'une ampleur inédite sur les protocoles utilisés pour tester les OGM et sur les lacunes des connaissances sur la toxicité à long terme des pesticides et des OGM résistants à ces pesticides.

Les agences sanitaires française et européenne avaient ainsi recommandé que soient conduites des études sur les effets à long terme de la consommation d'OGM, quasiment inexistantes aujourd'hui. Des appels d'offres ont été faits dans ce sens par l'Union européenne.

L'équipe du Pr Séralini a toutefois critiqué mardi les protocoles retenus par ces agences, estimant qu'ils étaient "trop limités dans le temps" et qu'ils se concentraient "sur la cancérogénicité et non sur la toxicité générale à long terme".

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