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UE : le grand marchandage est lancé

23/06/2014 09:34 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

L'accord donné ce week-end par la gauche européenne à la nomination du conservateur Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission lance le grand marchandage pour les nominations dans les institutions de l'UE, et les sociaux-démocrates revendiquent ouvertement la présidence du Conseil des Etats.

Le président français François Hollande a annoncé cette demande de contrepartie à l'issue de la réunion des dirigeants de la famille sociale-démocrate samedi à Paris. "Il y a d'autres responsabilités qui peuvent échoir à des noms (de personnalités), qui sont d'inspiration sociale-démocrate", a-t-il déclaré.

"Il y a un accord pour revendiquer le poste d'Herman Van Rompuy", a confirmé à l'AFP une source européenne. "Les noms viendront après".

La revendication de la gauche européenne sera présentée au sommet européen jeudi et vendredi. Mais pas question de révéler les noms, car la partie s'annonce difficile.

Le Premier ministre britannique David Cameron est opposé de manière irréductible à la nomination de Jean-Claude Juncker. Il a fait savoir lundi qu'il demanderait un vote des chefs d'Etat et de gouvernement au cours du sommet, ce qui serait "sans précédent".

M. Van Rompuy, chargé d'apaiser les esprits, a tenté de le raisonner lundi à Londres.

M. Cameron sait qu'il peut influer sur le processus. "L'Europe n'est pas faite de ruptures brutales", a expliqué à l'AFP le conseiller d'un dirigeant européen.

Mais son intransigeance irrite. "Juncker n'est pas négociable", a averti le chef du gouvernement autrichien, Werner Faymann. "Si nécessaire, il faut passer outre à Cameron par un vote à la majorité qualifiée. Nous ne pouvons nous permettre qu'une seule personne nous dicte tout", a-t-il affirmé.

Le Parlement européen n'acceptera pas de recul et, "si les Etats ne lui soumettent pas la candidature de Jean-Claude Juncker, il votera à sa session inaugurale en juillet une résolution pour la réclamer, et elle sera adoptée à une très large majorité", ont assuré à l'AFP plusieurs sources parlementaires.

- "Sauver la face" -

Les chances de David Cameron de réunir une minorité de blocage de 92 voix pour contrer le vote se sont évanouies lors du mini-sommet de Harpsund il y a deux semaines en Suède, lorsque la chancelière allemande Angela Merkel a officialisé son soutien à Jean-Claude Juncker, sous la pression notamment des eurodéputés allemands.

"Cameron a été désavoué. Il voulait pouvoir annoncer +Juncker est mort+, et il a perdu", a commenté un responsable du Parlement européen. "Angela Merkel a repris le processus de nomination à son compte. Elle veut ménager Cameron, mais n'hésitera pas à aller au vote", assure-t-on de sources européennes.

"David Cameron a encore la possibilité d'une retraite pour sauver la face. Mais tout va dépendre de ce qu'il demande", a-t-on expliqué de source diplomatique. Herman Van Rompuy a été chargé de lui préciser les lignes rouges de ses partenaires, comme il l'a fait également avec le président du Conseil italien Matteo Renzi, qui réclamait des changements dans les traités.

Le Royaume-Uni est déjà assuré d'avoir le poste de secrétaire général de la Commission européenne, actuellement confié à l'Irlandaise Catherine Day, cheville ouvrière de l'institution, a-t-on confié au sein de l'institution.

M. Van Rompuy a remis lundi aux 28 capitales son projet de programme de travail avec les cinq priorités imparties à la Commission européenne. "Le document n'entre pas dans les détails, pour éviter de braquer les capitales, mais insiste sur une plus grande liberté d'action à laisser aux gouvernements", a confié à l'AFP une source proche du dossier.

Angela Merkel s'entretiendra avec François Hollande avant le sommet pour fixer les positions des deux grandes familles politiques. Le candidat des sociaux-démocrates pour le Conseil devra en effet être acceptable par la chancelière et par David Cameron. La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, a le profil, mais elle n'a pas encore convaincu tous les membres de sa propre famille politique, à commencer par les Français, a confié à l'AFP une source diplomatique.

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