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Sénégal: 6 mois de prison requis contre un rappeur dénonçant le racket de policiers

23/06/2014 01:20 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

Un procureur a requis lundi six mois de prison ferme à l'encontre du rappeur sénégalais engagé Malal Talla, "Fou Malade" de son nom de scène, jugé pour avoir dénoncé des pratiques de racket au sein de la police, a-t-on appris auprès de sa défense qui a réclamé sa relaxe.

Le tribunal des flagrants délits de Dakar, devant lequel a comparu M. Talla, a mis sa décision en délibéré à mardi, a précisé à l'AFP Me Mame Adama Guèye, un des avocats du rappeur.

Lors de l'audience de lundi, "le juge a entendu toutes les parties", le procureur de la République a requis "six mois de prison ferme, ce qui est totalement disproportionné parce que nous estimons qu'il n'y a pas de délit. Nous avons demandé la relaxe pure et simple", a dit Me Guèye.

Malal Talla, membre fondateur du groupe de rap Bat'Haillons Blin-D, avait été arrêté le 19 juin et placé en garde à vue après avoir, lors d'une cérémonie publique, dénoncé des pratiques de racket au sein de la police. Le lendemain, il a été inculpé d'"outrage à agents de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions" et incarcéré.

Pour la défense, a dit Me Guèye, il n'y a pas de délit "parce qu'il n'y a pas de partie civile, aucune plainte n'a été déposée" à l'encontre de M. Talla. "On parle d'outrages à agents de la force publique, mais aucun agent n'a été identifié", a-t-il ajouté.

Malal Talla, connu également pour son engagement pour la bonne gouvernance et pour l'amélioration des conditions carcérales, est un des responsables de Y en a marre, mouvement ayant été en pointe du combat contre un troisième mandat du président Abdoulaye Wade après 12 ans de pouvoir (2000-2012).

Les propos qui lui sont reprochés ont été tenus lors d'une cérémonie organisée pendant la semaine nationale de lutte contre la drogue, en présence du ministre de l'Intérieur et de la patronne de la police.

Dimanche, trois organisations de défense des droits de l'Homme basées à Dakar ont regretté "la judiciarisation de l'affaire Malal Talla" dans un communiqué conjoint.

"Les propos incriminés étant tenus dans le cadre d'un débat public auraient pu être contredits et combattus par les autorités de la police, partie prenante à ce débat", ont affirmé la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH) et la section sénégalaise d'Amnesty International.

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