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Les médias ont exagéré l'histoire des enfants décédés d'un orphelinat irlandais

23/06/2014 09:51 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

DUBLIN - Les récentes révélations d'une historienne amateure au sujet de quelque 800 bébés et jeunes enfants qui auraient été enterrés dans des tombes anonymes par les religieuses dirigeant un orphelinat irlandais au siècle dernier ont fait les manchettes, suscité l'indignation du public et poussé certaines personnes à réclamer l'ouverture d'une enquête. Mais depuis, de nouveaux renseignements ont permis de brosser un portrait plus nuancé de la situation et prouvé que plusieurs de ces manchettes étaient erronées.

Le cas de la maison pour mères célibataires de Tuam montre à quel point une nouvelle peut être exagérée par les médias, qui n'hésitent pas à enjoliver des événements qui auraient dû être suffisamment poignants par eux-mêmes.

À l'origine de cette histoire se trouve Catherine Corless, qui a passé des années à chercher tous les avis de décès des enfants morts dans un orphelinat du comté de Galway, de l'ouverture de l'établissement en 1925 jusqu'à sa fermeture en 1961. Elle a découvert 797 avis, mais seulement un document indiquant qu'un bambin avait été enterré aux côtés de ses proches dans un cimetière catholique.

Mme Corless a présumé que les autres enfants avaient été inhumés sur le terrain de l'orphelinat, notamment dans une fosse septique désaffectée. La dame et d'autres résidants de Tuam ont demandé au gouvernement irlandais de lancer une investigation afin d'identifier les restes de ces petits et de leur donner une sépulture décente.

Les rumeurs de tombes anonymes n'auraient pas dû surprendre les Irlandais, qui savent depuis des décennies que certaines des 10 maisons pour mères célibataires, qui accueillaient surtout les bambins nés hors mariage, possédaient des lieux de sépulture remplis de morts oubliés.

Le recours à ce type de tombe par les communautés religieuses reflète la grande pauvreté qui régnait à cette époque, le très jeune âge de la plupart des enfants décédés et le manque de place dans les lots appartenant aux familles de ces petits dans les cimetières.

Lorsque Catherine Corless a annoncé ses découvertes sur sa page Facebook, elle a fait part aux journalistes de son hypothèse selon laquelle la majorité des enfants, voire la totalité, avaient été ensevelis dans la fosse septique abandonnée. Les journaux irlandais et britanniques n'ont pas tardé à transformer cette théorie en certitude et la presse américaine a repris l'histoire en y insérant encore plus d'erreurs.

Quelques médias ont depuis remis les pendules à l'heure, entre autres en prouvant que la fameuse fosse septique avait été utilisée jusque dans les années 1930 et était trop petite pour contenir les ossements de 800 enfants.

La semaine dernière, les autorités irlandaises ont annoncé qu'elles ouvriraient une enquête sur les soins prodigués aux enfants à l'orphelinat de Tuam et dans neuf autres établissements maintenant fermés, de même que sur la manière dont les religieuses disposaient des dépouilles de leurs petits pensionnaires.

Les autorités n'ont cependant pas décidé si cette investigation comprendrait des fouilles sur les propriétés des anciens orphelinats et des analyses d'ADN des restes qui pourraient y être trouvés.

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