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Julien Martinez Leclerc, 18 ans, photographe et convaincu

23/06/2014 10:05 EDT | Actualisé 23/06/2014 12:45 EDT
Julien Martinez Leclerc

Julien Martinez Leclerc tient un appareil photo depuis ses 12 ans, depuis que le besoin de s’exprimer à travers un boitier, de figer le temps, des situations, est apparu comme une évidence: «Nous étions avec ma famille à Munich et de ma chambre, j’ai vu un jeune homme lire au 10e étage d’un immeuble, au bord du vide, j’ai senti que c’était une photo à faire». L’adolescent, à peine sorti de l’enfance, vient de trouver sa vocation: les jours qui suivaient je faisais des photos dans la rue, dans les musées, je m’amusais avec les perspectives, se souvient-il, à un âge où moi, je m’amusais encore (un peu) avec des billes.

Les premiers clichés de Julien Martinez Leclerc sont saisissants, à la fois par leur violence et leur beauté, éclairés de maturité. Il se met en scène dans une série intitulé L’examen de minuit, en rase campagne française: dans le champ d’une église, sa silhouette frêle s’élance dans le clair-obscur du paysage.

«Mes images du début étaient violentes, très noires et contrastées; c’était une libération d’avoir trouvé un médium pour m’exprimer. L’art est très permissif et offre beaucoup de sécurité à un jeune artiste; je ne serais jamais venu à l’école maquillé alors que devant un appareil, on a tout nos droits, on se sent fort.»

Aujourd’hui, il est un tout jeune homme de 18 ans. Son travail évolue, sa sensibilité aussi. On reconnait un photographe minutieux, en renouvellement permanent, puisant son inspiration dans la littérature, la peinture, le théâtre: «La peinture m’inspire continuellement, peu importe le mouvement artistique ou le siècle; concernant les oeuvres figuratives j’ai une préférence pour le réalisme. En peinture abstraite, les œuvres de Mark Rothko me touchent beaucoup. Ma mère a une galerie spécialisée en dessins et gravures du 16e siècle à aujourd’hui. Je pense que j’ai énormément appris sur la lumière, les contrastes et les nuances à partir des gravures et dessins qui passaient sous mes yeux. Sinon en littérature, Madame Bovary et Le Rouge et le Noir ont tout bouleversé. Après ça je crois qu’il s’est introduit dans mes images plus de réalisme et de psychologie».

Depuis quelques mois, Julien Martinez Leclerc se concentre davantage sur des portraits de femmes, plus ou moins âgées, d’hommes, des artistes, des mannequins, ses amies, ses grand-parents, des enfants. Il n’affiche pas de modèle de prédilection, il les choisit parfois pour toute leur vie et parfois simplement pour leur beauté. Il poursuit également son introspection, en livrant récemment une série de doubles autoportraits, proches du surréalisme, affirmant une fois encore dans son travail un caractère extraordinaire.

«C’est un réel exutoire, car la mise en scène facilite la tâche des photographes, tout préparer avec des croquis est libérateur de la crainte de ne pas savoir quoi faire. Néanmoins je dirais que ce sont les images dont je me lasse le plus vite, car il n’y a pas eu un moment décisif, une découverte ou un accident. Pour les autoportraits j’ai travaillé avec une télécommande, j’ai pris une journée pour les faire, c’est toujours très fatigant mais très libérateur, explique l’artiste.

La photographie est une forme de théâtre de la vie, de l’imagination, des fantasmes et des passions humaines. Un capteur est une scène, c’est un espace limité mais qui peut contenir l’infini, tout ce que nous imaginons et que le réel nous offre. Au théâtre j’aime la mise en situation d’acteurs, les décors… En photographie c’est un peu différent, je provoque des situations, mais je ne cherche jamais à avoir un contrôle total de ce qui se passe à l’intérieur du cadre, il n’y a pas de dialogues, de répétitions…»

Julien Martinez Leclerc a beau être jeune, il est loin d’être novice et a la tête sur les épaules, il sait parfaitement où il va: «Je suis conscient que la photographie est devenue une énorme industrie. C'est pourquoi ma profonde ambition est de devenir un professionnel fiable de premier rang et de défendre mes compétences et ma singularité.

En travaillant comme assistant dans des studios et pour le photographe Ben Hasset, on m'a appris la discipline, la patience et l'observation, on m'a enseigné les compétences utiles à la discipline, de la patience et de l'observation. À 16 ans en organisant ma première exposition j'ai eu à développer rapidement une exigence du détail pour prouver aux professionnels qui ont pris soin de m'encadrer que j'étais en mesure de réussir ce projet».

Et face à cette forteresse qu’est le milieu artistique contemporain, Julien Martinez Leclerc aborde le long chemin qui l’attend avec sagesse: «Pour le moment, même si c’est difficile, je fais tout pour ne pas me créer d’angoisses concernant la reconnaissance et la réussite. Ces craintes nous détournent de la vérité, dans une envie de plaire, d’être plus commercial, disons.

J’essaie d’être focalisé sur mon travail, où je vais, quelle est ma ligne de conduite. Quand je me sentirai prêt et sûr de mon travail, j’espère que quelqu’un sera là pour me tendre la main et m’emmener au plus haut».

En attendant la reconnaissance qu’il mérite, il gagnera les bancs du London College of Communication en septembre prochain.

Le travail de Julien Martinez Leclerc est disponible sur son site: www.julien-martinezleclerc.com.

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